Une Parole … Une Prière
23ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

« …JE SUIS LÀ AU MILIEU D’EUX… »

« En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins. S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain. Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »
Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu 18, 15 – 20
Illustration : Le souper à Emmaüs, élève de Rembrandt, 1648,
Statens Museum for Kunst (Copenhagen, Denmark)

Méditation du Pape Léon XIV
LÉON XIV
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Mercredi 05 août 2026
Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II
III. La Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium
6. L'année liturgique

Chers frères et sœurs, le cinquième chapitre de la Constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC) est consacré à l’année liturgique, thème sur lequel nous souhaitons aujourd’hui fixer l’attention, afin d’en expliquer la valeur dans la vie de tout croyant.
Tout d’abord, il convient de rappeler que cette manière de définir le cycle des fêtes chrétiennes comme « année liturgique » s’est répandue dans le langage ecclésial grâce à l’œuvre du Serviteur de Dieu, l’abbé Prosper Guéranger (1805-1875).
Dans l’encyclique Mediator Dei, le Pape Pie XII affirme qu’il ne s’agit pas d’« une représentation froide et inerte de faits appartenant au passé, ni d’une simple [...] évocation de réalités d’autrefois. [L’année liturgique], c’est plutôt le Christ lui-même, qui vit toujours dans son Église et qui poursuit le chemin d’une immense miséricorde qu’il a luimême commencé […] dans cette vie mortelle […], afin de mettre les âmes humaines en contact avec ses mystères et de les faire vivre pour eux ; mystères qui sont perpétuellement présents et efficaces » (III Divinum Officium et Annus Liturgicus, II Cyclus Mysteriorum). L’année liturgique doit donc être comprise comme une actualisation constante de l’œuvre du salut que le Christ accomplit dans l’histoire. En parcourant ce cycle temporel, l’Église reste en contact avec l’action rédemptrice du Seigneur, de sorte que tous les fidèles sont comblés de sa grâce (cf. SC, 102c). La rencontre avec Jésus, mort et ressuscité pour nous, est la finalité que l’Église poursuit sans cesse, en plaçant au centre de chaque instant la célébration de l’événement pascal.
C’est pourquoi les Pères conciliaires considèrent le dimanche, « le jour de fête par excellence » (cf. SC, 106), comme « le fondement et le cœur de l’année liturgique ». Dans plusieurs langues modernes, son nom atteste qu’il s’agit du « dies Domini », « le jour du Seigneur ». Même dans les langues où a prévalu la référence au « jour du soleil » (Sunday, Sonntag), on entrevoit le lien avec le Christ : le Christ est le véritable « soleil de justice » qui illumine chaque homme !
Saint Jean-Paul II, dans la Lettre apostolique Dies Domini (31 mai 1998), enseigne que le dimanche est le jour du Seigneur, le jour de l’Église, le jour de l’homme et, enfin, le « jour des jours » : « Le dimanche étant la Pâques hebdomadaire, où est commémoré et rendu présent le jour où le Christ est ressuscité d’entre les morts, il est aussi le jour qui révèle le sens du temps. […] Jaillissant de la Résurrection, il fend le temps de l’homme, les mois, les années, les siècles, telle une flèche directrice qui les traverse en les orientant vers le but de la seconde venue du Christ. Le dimanche préfigure le jour ultime, celui de la Parousie » (n° 75), où nous ressusciterons tous.
Pour sanctifier le dimanche, il est fondamental de célébrer l’Eucharistie. L’écoute de la Parole et la participation au Corps du Christ impliquent, selon les Pères conciliaires, le convenire in unum (cf. SC, 106), c’est-àdire le rassemblement festif des fidèles. Au sein de cette assemblée, la communauté chrétienne rend visible sa communion avec le Seigneur et témoigne de son appartenance au Christ et de sa fidélité à l’Église. Cette assemblée ne peut être remplacée par une présence purement virtuelle, ni se réduire à un rassemblement purement passif. L’assemblée liturgique se réalise en effet dans la participation active des frères et sœurs, convoqués ensemble pour « rendre grâce à Dieu qui les a engendrés, “par la résurrection du Christ d’entre les morts, pour une espérance vivante” (1 P 1, 3) » (ibid.).
À cet égard, j’exhorte chacun à rechercher les meilleures conditions pour que puissent prendre part à la sainte Messe même ceux qui, le dimanche, n’ont pas la possibilité de s’absenter de leur travail.
Très chers, l’année liturgique, rythmée par les dimanches, a une histoire intéressante, dans laquelle s’entremêlent la foi et la dévotion de l’Église. En effet, dès le IIe siècle après J.-C., à la célébration hebdomadaire de la Pâque s’est ajoutée celle de la Pâque annuelle, « solennité suprême » (SC, 102), étendue à la « période très joyeuse » de cinquante jours, culminant à la Pentecôte, et préparée par le temps du Carême avec son caractère pénitentiel (cf. SC, 109). Le développement du cycle de Noël, qui s’est ensuite inspiré du modèle pascal, a permis de revivre les mystères de l’incarnation du Verbe de Dieu, de sa naissance et de sa manifestation au monde. L’Église a ensuite intégré dans les différents temps liturgiques la vénération de la Bienheureuse Vierge Marie, « indissolublement unie à l’œuvre salvifique de son Fils » (SC, 103), ainsi que « la mémoire des martyrs et des autres saints qui […], dans les cieux, chantent à Dieu la louange parfaite et intercèdent pour nous » (SC, 104).
L’année liturgique propose ainsi, sous une forme sacramentelle, la pédagogie de l’histoire du salut, guidant les fidèles depuis l’attente du Messie jusqu’à la plénitude du mystère pascal et à l’anticipation de la gloire future. En son sein, l’Église célèbre l’actualité salvifique du mystère du Christ, permettant aux croyants d’y participer toujours plus profondément. C’est pourquoi l’année liturgique constitue le principe inspirateur et le cadre de référence essentiel de toute action pastorale.
Pape Léon XIV
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LA PÉDAGOGIE PASTORALE DE L’ANNÉE LITURGIQUE
par Gilles Drouin
En partenariat avec la revue “Magnificat”, le père Gilles Drouin présente la sixième catéchèse de Léon XIV sur la constitution du concile Vatican II sur la sainte liturgie. Le 12 août, le Pape a montré comment le grand arbre de l’année liturgique rend présents, à travers ses différentes branches, tous les mystères de la vie du Christ.
Lors de l'audience générale du 12 août, le Pape a abordé le chapitre V de la Constitution Sacrosanctum concilium, consacré à l'année liturgique. Léon XIV commence par faire mémoire d'une figure que nous connaissons bien en France, celle de dom Prosper Guéranger. Refondateur du monastère de Solesmes, dom Guéranger est plus largement le restaurateur de la vie bénédictine en France et en Europe après les bouleversements révolutionnaires. Mais c'est plutôt le dom Guéranger liturgiste dont le pape fait mémoire. Le bénédictin est l’un des pères du mouvement liturgique, auteur de L'Année liturgique, un commentaire à la fois scientifique, spirituel et théologique de toutes les prières de l'Église au long de l'année liturgique.
Le dimanche, joyau de l’année liturgique
Après avoir évoqué la figure de dom Guéranger, le Pape reprend l'enseignement de Pie XII et celui de la Constitution sur la sainte liturgie pour préciser que l'année liturgique n'est pas simplement une collection de souvenirs de hauts faits de la vie du Christ, sa naissance, sa mort, sa résurrection etc., mais la mise en contact, la mise en présence vivante du peuple chrétien par la liturgie, avec les mystères de la vie du Christ : ce que l'on appelle l'actualisation des mystères, dont Léon XIV avait développé une théologie dans sa première catéchèse.
Le pape fait ensuite référence à un autre de ses prédécesseurs, Jean Paul II, qui, dans un texte consacré entièrement au dimanche, Dies Domini (lettre apostolique du 31 mai 1998) développe l'idée selon laquelle le dimanche est "le noyau de toute l'année liturgique" (Sacrosanctum concilium, 106) L'expression est belle : quand un enfant plante un noyau d'avocats, il voit que peu à peu, l'arbre se développe à partir du noyau. De même, le dimanche est la fête fondamentale qui contient en puissance tout le développement ultérieur des branches de ce grand arbre majestueux — cette image est de Dom Guéranger – que constitue l'année liturgique. Il y a dans le dimanche en puissance toute l'année liturgique, puisque le dimanche constitue la mémoire primordiale, hebdomadaire, de la Pâques du Christ.
Pas de dimanche sans rassemblement
Le pape Jean Paul II qualifie successivement le dimanche de "Jour du Seigneur" comme mémoire de la création et mémoire de la résurrection du Seigneur, de "Jour de l'Église", pour évoquer la dimension de rassemblement, de "Jour de l'homme", qui, dans la foulée de la tradition juive du Shabbat, évoque un jour chômé, fait pour des activités non directement économiques, et ensuite de "Jour des jours", dans une ouverture à ce dimanche éternel que sera la vie éternelle.
Le pape Léon insiste tout particulièrement sur la dimension de rassemblement en invitant fortement les chrétiens, les baptisés, à honorer le dimanche par leur rassemblement. Il n'y a pas de dimanche chrétien sans rassemblement. Le culte chrétien est fondamentalement un rassemblement des baptisés pour de faire mémoire dans l'Eucharistie de la mort et de la résurrection de leur Seigneur.
La branche pascale
Ensuite, le Pape aborde rapidement les principales branches de ce grand arbre qui s'est développé à partir d’un noyau dominical. La branche pascale est la branche maîtresse, puisque très vite, au IIᵉ siècle, s'est mise en place une célébration annuelle de la Pâques du Christ. C'est la fête de Pâques et le cycle associé, avec le carême, la Semaine sainte et le temps pascal, qui est le cœur de l'année liturgique. Ensuite, la branche de l'Incarnation, avec le cycle de Noël, s'est développée pour faire mémoire du même mystère de la naissance, de la mort et de la Résurrection du Seigneur.
L'année liturgique nous donne donc à voir l'unique mystère selon différents points de vue. À Noël, on regarde le mystère de l'incarnation, vu de la crèche. Le Vendredi saint, on le regarde du pied de la croix. À Pâques, on le regarde "au bord du tombeau vide" si j'ose dire, et à la Pentecôte, on le regarde depuis le Cénacle. C'est toujours le même mystère que, dans sa sagesse et dans sa pédagogie, l'année liturgique nous donne à contempler de différents points de vue. Et puis il y a d'autres branches : les fêtes de la Bienheureuse Vierge Marie et les fêtes des martyrs, puis des saints.
La pastorale du temps liturgique
Le Pape termine cette catéchèse en soulignant le caractère pédagogique de l'année liturgique, en précisant une chose importante, surtout en ces temps de sécularisation : il n'y a pas de pastorale digne de ce nom qui fasse l'économie d'une insertion dans l'année liturgique. Quand nous étions encore en temps de chrétienté, l'année liturgique chrétienne irriguait l'année civile. Actuellement, ce n'est plus le cas. Il est donc important que dans notre pastorale et dans notre vie chrétienne, nous soulignions particulièrement les grands temps liturgiques que sont l'Avent, le temps de Noël, le carême, le temps pascal. Notamment par les chants (même si le pape ne l'évoque pas) : un chant de carême n'est un chant du temps pascal.
La propension actuelle à niveler tous les chants, par la louange ou la méditation par exemple, sans tenir compte du temps liturgique, est à ce titre regrettable, l’année liturgique nous aidant à vivre chrétiennement le temps qui nous est donné par Dieu, comme le rappelle Léon XIV.
Gilles DrouinPrêtre du diocèse d’Evry, vicaire général du diocèse, professeur honoraire à l'Institut supérieur de liturgie de l'Institut catholique de Paris, ancien directeur du même Institut, auteur notamment (dir.) de Liturgie de pèlerinage et Piété populaire (Salvator, 2018)
Prier avec le Pape
PRIER AVEC LE PAPE
INTENTION DE PRIÈRE DU PAPE - SEPTEMBRE 2026
« Pour la protection de l’eau »
Cliquez sur l'illustration pour avoir accès à la vidéo
(n’oubliez pas d’activer les sous-titres en français)
Tu nous as donné le don de l’eau,
source de fécondité, de fraîcheur et d’espérance.
Elle étanche la soif, féconde la terre et guérit les blessures.
Nous te rendons grâce
car elle est aussi le symbole de ta grâce et de ton amour,
qui nous renouvelle par le Baptême.
Aujourd’hui, nous te demandons d’apprendre à la préserver
avec gratitude, justice et responsabilité.
Pardonne-nous de l’avoir transformée en marchandise,
oubliant qu’elle est un don universel,
un droit sans frontières destiné à tous tes enfants.
Nous voyons avec douleur tant de frères et sœ urs
privés d’eau potable,
parcourant des kilomètres pour en trouver,
et tombant malades par manque d’accès.
Que ton Esprit fasse de nous des pèlerins de l’essentiel,
capables de vivre avec sobriété,
de dénoncer le gaspillage et la pollution,
et de défendre le droit de chacun
à boire sans crainte, sans inégalité.
Que notre soin de l’eau
soit un signe d’amour pour le Créateur
et un engagement envers la vie des plus pauvres,
en éduquant les nouvelles générations
à la valoriser et à la protéger.
Amen.

Beaucoup, dans l’Eglise mais pas uniquement, encouragent à lire la première Encyclique du Pape Léon XIV (voir aussi notre rubrique « Lecture du soir… Lecture du matin… »). C’est pourquoi nous allons la publier petit à petit dans notre Chronique. Bonne lecture !

Le
principe de subsidiarité
68.
Le
principe de subsidiarité naît de la même vision de la personne qui a guidé
notre réflexion sur la dignité et le bien commun. Si tout homme, et toute
femme, est appelé à devenir acteur de sa propre vie et à participer à la
construction de la société, alors l’organisation sociale doit elle aussi
respecter et favoriser cette responsabilité. La Doctrine sociale de l’Église
appelle “subsidiarité” le principe selon lequel ce que les personnes, les
familles, les communautés locales et les corps intermédiaires peuvent faire ne
doit pas être assumé par des instances supérieures. Les institutions de niveau
supérieur doivent reconnaître, protéger et promouvoir la liberté et la
créativité des niveaux inférieurs, en coordonnant leurs contributions afin
qu’elles coopèrent efficacement au bien commun. [91]
69.
Depuis
les débuts du Magistère social moderne, à partir de Léon XIII, l’Église a
insisté sur le fait que ni la personne ni la famille ne doivent être absorbées
par l’État, mais qu’elles doivent être laissées libres d’agir, dans la mesure
du possible, sans nuire au bien commun. [92] Saint Jean-Paul II a repris et
approfondi cette perspective, en rappelant que la communauté politique est au
service de la société civile et que l’État doit veiller au bien commun, en
intervenant lorsque cela est nécessaire, mais sans se substituer de manière
stable à la responsabilité des corps intermédiaires et des réalités sociales.
[93] La subsidiarité ne justifie pas le désengagement de l’État, mais oriente
son action : l’intervention publique est précisément nécessaire pour permettre
à tous les acteurs sociaux d’accomplir leur mission sans être écrasés. Il
appartient à la communauté politique de créer les conditions permettant aux
personnes, aux familles, aux associations et aux corps intermédiaires de
réaliser leur vocation sociale, sans être remplacés ou réduits à de simples
exécutants. [94]
70.
Ce
principe encourage à dépasser toute forme de gestion paternaliste ou
d’assistanat de la vie sociale, en favorisant un style de coresponsabilité : un
État qui valorise l’initiative des citoyens, une société civile capable de
tisser des liens et de susciter des énergies au service du bien commun. Dans
une logique de subsidiarité, les choix sont pris au niveau le plus proche
possible des personnes concernées, en valorisant la vie associative de sorte
que le peuple ne se trouve pas face à des décisions déjà prises, mais puisse
participer à leur élaboration. Là où les familles, les associations, les
communautés locales, les réalités du volontariat et du secteur tertiaire sont
reconnues et soutenues, la vie sociale se rapproche des personnes, les services
sont plus attentifs aux besoins réels, les réponses plus créatives et
respectueuses de la dignité de chacun. [95]
71.
Le
principe de subsidiarité s’applique de manière particulière dans le contexte de
la révolution numérique. Ici, le niveau supérieur n’est pas l’État, mais chaque
grand acteur économique et technologique exerçant un pouvoir de fait sur les
conditions de la vie en communauté. Le niveau qui concentre les compétences,
les données et le pouvoir décisionnel est constitué d’entreprises et de
plateformes définissant les conditions d’accès, les règles de visibilité, les
formes de relation et même les opportunités économiques. La subsidiarité exige
que ces processus ne soient pas imposés d’en haut de façon opaque et
unilatérale, mais qu’ils soient orientés vers le bien commun à travers la
transparence, la responsabilité et des formes réelles de participation (contrôles
indépendants, transparence sur les algorithmes, accès équitable aux données,
dispositifs de recours). [96]
72.
Dans
ce contexte, les États et les institutions supranationales sont appelés à
garantir des règles justes et des protections efficaces, afin que les
communautés locales, les corps intermédiaires, les écoles, les universités, les
réalités ecclésiales et associatives puissent avoir leur mot à dire et
contribuer au discernement sur les choix qui affectent la vie des personnes :
travail, accès aux services, gestion des données et environnements numériques.
Dans les choix relatifs aux flux économiques et aux plateformes numériques,
dans la gouvernance des données et des algorithmes, on ne peut permettre que
seuls quelques acteurs orientent les processus, il faut au contraire construire
des formes de coopération qui respectent les différents niveaux de la communauté
mondiale et les rendent co-responsables du bien commun. [97]
Le
principe de solidarité
73.
Après
avoir considéré le bien commun et la subsidiarité, je voudrais m’arrêter sur le
principe de solidarité. Celui-ci tire son origine de la vision de la personne
générée par la foi : chaque être humain est créé à l’image de Dieu et s’inscrit
dans un réseau de relations qui le lient aux autres, aux peuples et à la
création. Saint Paul VI rappelait que les obligations de solidarité, de justice
et de charité sont enracinées dans la fraternité humaine et surnaturelle
unissant les hommes et les peuples entre eux. [98] La fraternité n’est pas
seulement une aspiration intérieure de celui qui croit, mais une forme sociale
et politique à incarner dans des choix et des parcours partagés. La solidarité
est donc la reconnaissance concrète de ce que le destin de chacun est lié au
destin de tous : en effet, « personne ne se sauve tout seul ». [99] Le lien
étroit entre subsidiarité et solidarité apparaît ainsi évident. Lorsque la
subsidiarité n’est pas accompagnée de solidarité, elle finit par se transformer
en simple défense d’intérêts particuliers ; lorsque la solidarité n’est pas
soutenue par la subsidiarité, elle dégénère en assistanat qui ne favorise pas
la responsabilité. [100] Cette imbrication renvoie également à la
responsabilité d’une authentique participation : la solidarité s’exprime
lorsque chacun, personnellement et avec les autres, prend part à la vie de la
communauté – s’informe, s’associe, fait entendre sa voix, contribue aux
décisions et aux choix publics – en assumant des responsabilités réelles afin que
le bien commun se traduise en choix partagés.
74.
Dans
de nombreux domaines, nous faisons déjà l’expérience d’une sorte de “solidarité
de fait” : nos vies sont étroitement liées, les économies et les communications
mondiales font que ce qui se passe en un lieu a des répercussions lointaines,
et les réseaux numériques relient en temps réel personnes et communautés aux
quatre coins du monde. Ce tissu de relations n’est pourtant pas encore une
solidarité au sens plein s’il ne devient pas un choix conscient. La foi nous
invite à lire cette réalité comme un appel : nous ne sommes pas simplement
proches les uns des autres, mais confiés les uns aux autres, afin que chacun
prenne en charge, dans la mesure de ses moyens, la vie et les souffrances de
son frère ou de sa sœur. La solidarité naît précisément lorsque nous décidons
de ne pas rester indifférents face à ce qui arrive à notre prochain et que nous
transformons des liens inévitables – économiques, culturels, technologiques –
en voies de partage, de coopération et de soin mutuel, en apprenant à « penser
et agir en termes de communauté ». [101]
75.
Le
Magistère social a insisté sur le fait que la solidarité est à la fois un
principe et une vertu. En tant que principe, elle exprime l’ordre objectif des
relations entre personnes, groupes et peuples, et renvoie à la conscience d’une
interdépendance selon laquelle le bien de chacun passe par le bien des autres.
En tant que vertu, elle exige en revanche une « détermination ferme et
persévérante » [102] à œuvrer pour le bien commun, en accordant une attention
particulière aux plus faibles. Le Pape François a rappelé que la solidarité est
« une manière de faire l’histoire » [103] qui construit des peuples et non de
simples masses d’individus. C’est pourquoi elle implique des modes de vie
sobres et partagés, la capacité à renoncer à des avantages immédiats pour
ouvrir des perspectives d’avenir à d’autres, la disponibilité à remettre en
question habitudes et privilèges – y compris en matière de consommation
numérique et d’utilisation des technologies – lorsqu’ils empêchent les autres
de vivre avec dignité.
76.
Dans
un monde marqué par des relations de plus en plus étroites entre les personnes,
les communautés et les nations, la solidarité revêt également une dimension
globale. Benoît XVI a vigoureusement rappelé le lien entre développement,
justice et responsabilité envers les générations futures, soulignant que le
développement authentique exige une solidarité intergénérationnelle [104] et
une attention particulière aux liens qui nous unissent à l’environnement
naturel. Aujourd’hui, cette responsabilité s’étend également aux
infrastructures numériques ou d’information : tout comme l’environnement
naturel, l’“écosystème numérique” peut être préservé ou exploité, partagé ou
monopolisé. La solidarité exige que les choix en matière de données,
d’algorithmes, de plateformes et d’intelligence artificielle tiennent compte
non seulement de l’avantage immédiat de certains, mais aussi de l’impact sur
l’ensemble des peuples comme sur les générations à venir.
Le
principe de la justice sociale
77.
Pour
la communauté chrétienne, la justice sociale est une forme concrète de vie à la
suite de Jésus et de fidélité à son Évangile. Dans le Nouveau Testament, Jésus
annonce une « bonne nouvelle aux pauvres » ( Lc 4, 18) et s’identifie aux
petits, aux malades, aux prisonniers, aux étrangers (cf. Mt 25, 31-46). Il nous
enseigne ainsi que la justice naît et s’accomplit dans la fraternité, car la
manière dont nous nous approchons des plus démunis et entrons en relation avec
eux devient, concrètement, la mesure de notre rapport avec Dieu et avec nos
frères. La justice ne concerne toutefois pas seulement les comportements
individuels, mais aussi la manière dont les structures de la vie en société
sont conçues et organisées. Le Concile Vatican II rappelle à cet égard que
toute institution est appelée à servir la personne humaine et sa dignité. [105]
La justice sociale se reconnaît alors à la capacité pour un ordre social,
économique et politique de permettre à tous – et en particulier aux plus
fragiles – de vivre de manière vraiment humaine, sans que personne ne soit
laissé pour compte.
78.
Le
Magistère récent a insisté sur le fait que la justice sociale exige un regard
qui parte des plus démunis. Saint Jean-Paul II a évoqué une « option
préférentielle pour les pauvres » [106] qui doit guider les choix personnels et
sociaux, tandis que le Pape François a dénoncé une « culture du “déchet” »
[107] qui engendre sans cesse de nouvelles formes d’exclusion. Dans cette
perspective, la justice sociale demande de considérer les personnes et les
peuples en commençant par les plus vulnérables : les pauvres, les migrants, les
réfugiés, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays, les
victimes de violence, les personnes vivant dans des périphéries urbaines ou
existentielles.
79.
La
notion de justice sociale aide à reconnaître que les injustices ne naissent pas
seulement de mauvais choix individuels, mais aussi de structures, de
mécanismes, d’ordres économiques et culturels produisant presque
automatiquement des inégalités. Saint Jean-Paul II a parlé en ce sens de
structures de péché [108] qui s’opposent à la volonté de Dieu et exigent un
engagement de conversion personnelle et sociale. Dans cette perspective, la
justice ne concerne pas seulement une répartition plus équitable des biens ou
la rectification des injustices actuelles, mais elle revêt également une
dimension réparatrice. Elle vise à rétablir les liens rompus et à réintégrer
ceux qui ont été exclus, en tenant compte des blessures laissées par les
injustices : guerres, colonialisme, discriminations raciales ou de genre,
violences contre des peuples entiers, exploitation. Cela peut signifier
redonner dignité et voix à ceux qui ont été ignorés, favoriser des processus de
guérison de la mémoire collective, lutter contre des lois et des pratiques
discriminatoires, soutenir concrètement ceux qui portent encore aujourd’hui les
conséquences de torts subis dans le passé.
80.
À
notre époque, la justice sociale doit également faire face au contexte généré
par les technologies numériques. La diffusion des réseaux mondiaux, des
plateformes et des systèmes d’intelligence artificielle modifie la manière dont
nous nous informons, communiquons et accédons aux services. La justice exige
que l’on empêche l’émergence de nouvelles formes d’exclusion et de privation de
liberté : des personnes et des peuples se voyant refuser ou restreindre l’accès
aux technologies de base, des communautés exposées à une surveillance invasive,
des groupes sociaux pénalisés par des algorithmes opaques qui reproduisent
préjugés et discriminations. À l’ère du numérique, un ordre social juste est
celui qui garantit à tous un accès équitable aux opportunités, protège les plus
petits et les plus fragiles, lutte contre la haine et la désinformation, et
soumet l’utilisation des données et des technologies à un contrôle public, afin
que le critère ne soit pas uniquement le profit, mais la dignité de chaque
personne et le bien des peuples.
81.
La
situation des migrants, des réfugiés et de tous ceux qui sont contraints de se
déplacer en raison de la pauvreté, de la violence, du changement climatique ou
des catastrophes environnementales constitue aujourd’hui un test décisif pour
la justice sociale. La manière dont une société les traite révèle si son idée
de la justice est guidée par la peur ou par la fraternité. Le Pape François
invitait à reconnaître dans les migrants non pas simplement un problème à
gérer, mais « une image vivante du Peuple de Dieu en marche » ; [109] des
personnes dotées de dignité, de ressources et de rêves, ayant droit à être
traitées avec respect et désireuses de devenir partie prenante des sociétés qui
les accueillent. La justice sociale, dans ce domaine, implique au moins deux
engagements complémentaires. D’une part, préserver le droit à l’espoir de ceux
qui sont contraints de partir en garantissant des voies sûres et légales, des
conditions d’accueil dignes, des parcours d’intégration concrets. D’autre part,
promouvoir également le droit de rester sur sa propre terre en paix et en
sécurité, en s’attaquant aux causes profondes qui poussent à la migration, y
compris celles liées aux injustices économiques et à la crise climatique.
Lorsque ces droits sont respectés, les migrations peuvent devenir une occasion
de rencontre et d’enrichissement mutuel entre les peuples. (A suivre)
LEON XIV
[91]
Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de
la Doctrine sociale de l’Église, n. 187.
[92]
Cf. Léon XIII, Lett. enc. Rerum Novarum (15 mai 1891), n.
26 : AAS 23 (18901891), p. 656.
[93]
Cf. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1 er
mai 1991), n. 11 : AAS 83 (1991), pp. 806-807.
[94]
Cf. ibid.
[95]
Cf. ibid., n. 48 : AAS 83 (1991), pp. 852-854.
[96]
Cf. François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020),
n. 169 : AAS 112 (2020), p.
1028.
[97]
Cf. ibid., n. 168 : AAS 112 (2020), pp. 1027-1028.
[98]
Cf. Saint Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26
mars 1967), n. 17 : AAS 59 (1967), pp. 265-266.
[99]
François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), nn.
32 et 54 : AAS 112 (2020), pp. 980 et 988.
[100]
Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin
2009), n. 58 : AAS 101 (2009), pp. 693-694.
[101]
François, Lett. enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), n.
116 : AAS 112 (2020), p. 1009.
[102]
Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis
(30 décembre 1987), n. 38 : AAS 80 (1988), p. 564.
[103]
François, Lett. enc. Fratelli tutti, (3 octobre 2020), n.
116 : AAS 112 (2020), p. 1009.
[104]
Cf. Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin
2009), n. 48 : AAS 101 (2009), p. 685.
[105]
Cf. Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, n.
25 : AAS 58 (1966), pp. 1045-1046.
[106]
Cf. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei
socialis (30 décembre 1987), n. 42 : AAS 80 (1988), pp. 572-574.
[107]
François, Exhort. ap. Evangelii gaudium, (24 novembre
2013) n. 53 : AAS 105 (2013), p. 1042.
[108]
Cf. Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei
socialis (30 décembre 1987), nn. 36-37 : AAS 80 (1988), pp. 561-564.
[109]
François, Message pour la 110e Journée Mondiale du
Migrant et du Réfugié 2024 (29 septembre 2024) : AAS 116 (2024), p. 735.

Parole de Mgr Frédéric Rossignol


Chers frères et sœurs,
Traditionnellement, le mois de septembre est pour beaucoup d’entre nous le temps de la reprise. Certains ont eu comme moi la joie de vivre un été assez différent du quotidien, avec des temps de vacances et des rencontres dans un cadre différent de celui qui fait le quotidien. Reprendre le rythme habituel est en soi positif mais se retrouver à nouveau pris par la routine et les responsabilités qui nous incombent peut susciter des inquiétudes, un véritable stress ou nous sembler peu excitant. Dans une société des loisirs et du divertissement, ce qui fait l’essentiel de notre vie, la simplicité du quotidien, peut nous paraitre dénoué de sens. Et pourtant ! C’est dans le quotidien que Dieu nous appelle à vivre la vocation exigeante qu’est la nôtre, celle de devenir des saints. Le pape François nous y encourageait dans sa lettre Gaudete et exultate [1] (Réjouissez-vous et exultez) que je voudrais parcourir avec vous.
Tout d’abord, le pape nous rappelle quelque chose d’essentiel mais qui n’a rien d’évident en soi, celui que nous sommes appelés au bonheur, mais que ce bonheur ne se construit pas sans exigences. Loin d’une vie zen, sans préoccupations, sans responsabilités, soyons heureux de donner notre vie et interrogeons-nous d’abord sur ces deux éléments de notre vie : Ma vie est-elle de fait une vie de sacrifices pour les autres et suis-je heureux de donner ma vie pour les autres ? « Chacun doit donner ce qu'il a décidé dans son cœur, sans tristesse et sans être forcé. En effet, Dieu aime celui qui donne avec joie », écrit saint Paul dans sa Lettre aux Corinthiens (2 Cor 9, 7). Cette phrase est intéressante parce qu’elle souligne deux choses : d’abord que se donner pour les autres est une décision. Elle met en jeu notre volonté. D’autre part, il nous est demandé de le faire sans tristesse, sans être forcé mais avec joie ! Quel défi ! Pourtant, nous sommes souvent acculés à prendre des décisions qui impliquent un vrai sacrifice mais étant forcés de le faire, nous nous sentons floués par les contraintes qui sont les nôtres. Comment alors trouver sa joie dans la contrainte ? Le pape François nous dit d’emblée que pour vivre notre vie comme un chemin de sainteté, il nous faut d’abord regarder les exemples des gens qui vivent saintement, que ce soit ceux de notre entourage ou les modèles que nous offre l’Église.
« J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. » (GE 7)
(à suivre)
Votre frère et pasteur,
+ Frédéric Rossignol
[1] Gaudete et Exultate (GE), exhortation apostolique du Pape François, sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, 2018. J’analyserai cette exhortation comme trame de plusieurs de mes éditoriaux à venir.

Un mot du Curé…


Voilà un verset de l’Evangile selon saint Matthieu qui nous
est bien connu et que nous réentendrons ce dimanche.
Il arrive que l’on évoque ce verset pour affirmer que ce
n’est pas le nombre de personnes qui fait la qualité de nos rassemblements d’Eglise,
mais que « quand deux ou trois sont
réunis en (son) nom », Jésus est bien là au milieu d’eux. Cela est vrai
bien sûr, et même quand je suis seul à prier dans ma chambre (Mt 6, 6), dans ma
promenade ou au milieu de l’église, Jésus le Christ est là avec moi. C’est la
promesse qu’il nous a faite d’être avec nous « pour toujours jusqu’à la fin de l’âge », comme l’écrit saint
Matthieu à la dernière ligne de son Evangile
(Mt 28, 20).
Cependant, il convient d’éviter, je pense, de trop « tirer
» sur le sens de ce verset de ce jour pour tenter de justifier les petits nombres
de fidèles qui composent nos rassemblements, en particulier dominicaux.
Le
nécessaire contexte
Ce dimanche, nous avons la chance de retrouver ce verset
dans son contexte, ce qui est toujours évidemment le meilleur terreau pour
comprendre l’intention de l’auteur car nous connaissons tous le danger qui
existe de retirer quelques mots de leur contexte : on peut alors leur faire
dire n’importe quoi.
Comme l’écrivait un jour (06 septembre 2020, lors de l’Angélus)
le Pape François, « le passage
d’aujourd’hui parle de la correction fraternelle, et nous invite à réfléchir
sur la double dimension de l’existence chrétienne : la dimension communautaire,
qui exige la protection de la communion, c’est-à-dire l’unité de l’Eglise, et
la dimension personnelle, qui impose de l’attention et du respect pour toute
conscience individuelle. » Il ne s’agit donc pas d’un extrait d’Evangile
traitant du nombre de personnes composant les assemblées du dimanche ou du samedi
soir…
La pédagogie du
rattrapage
Le Pape François montre bien la difficulté de cette correction
fraternelle, et les étapes que Jésus souhaite pour que celle-ci se vive
toujours dans le respect et l’amour des personnes, ce que le Pape appelle la «
pédagogie de rattrapage » de Jésus : « La
pédagogie de Jésus est toujours une pédagogie du rattrapage ; Il cherche
toujours à récupérer, à sauver ». Pour cela, trois étapes : aller voir
l’autre seul à seul ; ensuite, si nécessaire, avec un ou deux autres membres de
la communauté ; ensuite, s’il s’avère que les premières étapes ne sont pas
suffisantes, impliquer toute la communauté car « il faut un amour plus grand pour retrouver ce frère ». Malgré
toutes ces étapes, la démarche de réconciliation et de salut peut rester vaine,
alors, dit Jésus, « qu’il soit pour toi
comme le païen et le publicain ».
Le
païen et le publicain que Jésus veut sauver aussi
Des paroles qui doivent être également bien comprises pour
ne pas déformer leur sens et la volonté de Celui qui les prononce ! Rien de
méprisant dans ces paroles de Jésus ! Le païen et le publicain étaient souvent
considérés comme des étrangers que l’on n’approchait pas. Seul Jésus a été
jusqu’à eux. Rappelons-nous le bel épisode de la rencontre de Jésus avec la
Cananéenne dans la région de Tyr et de Sidon (Mt 15, 21-28) : « Ô femme, grande est ta foi ! Qu’il
t’advienne selon ton désir ! » Rappelons-nous ce moment où Jésus est à
table avec des publicains (Mt 9, 10-13) : «
Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais les
malades ».
Quand Jésus nous dit : « qu’il soit pour toi comme le païen et le
publicain », c’est donc une façon de nous demander de… lui confier cette
personne que l’on essaie de « rattraper ». Rien de péjoratif donc.
Et
pourquoi pouvons-nous ainsi lui confier ce frère, cette sœur en détresse ?
Parce que « quand
deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » !
L’exégète Claude Tassin, dans son commentaire pastoral
de l’Evangile selon saint Matthieu (Centurion Novalis, 1991) écrit page 195 : « Parce que c’est Jésus, son ‘nom’ (verset
20), qui rassemble les chrétiens, et dans la mesure où ils se réunissent
justement pour agir en son nom dans les questions difficiles, ils sont assurés
de sa présence active et efficace. On notera cette sentence juive ancienne que,
peut-être , Matthieu a voulu christianiser dans ce verset 20 : ‘Si deux hommes
se trouvent ensemble et que les paroles de la Loi soient au milieu d’eux (comme
sujet de leur entretien), la Présence (de Dieu) réside au milieu d’eux ».
Ainsi, ce verset n’est pas là pour nous aider à dénombrer
nos rassemblements liturgiques et justifier leur « maigreur » ; ce verset est
là pour nous inviter à agir comme Jésus dans sa « pédagogie de rattrapage » en
commençant pas une attitude d’humilité qui acceptera « de reconnaître que parfois, nos tentatives humaines peuvent échouer,
et que seul le fait de se trouver devant Dieu peut mettre notre frère face à sa
conscience et à la responsabilité de ses actes. » (Pape François).
Bon dimanche…
Chanoine
Patrick Willocq
Intentions de prière pour la semaine

+ Pour l’Eglise et les personnes qui assurent le service de la communion entre les hommes : qu’elles assument leur mission de guetteur en interpellant et en donnant l’exemple…
+ Pour les responsables politiques des pays : qu’ils ne ferment pas les yeux sur les injustices et les inégalités, les haines et les violences…
+ Pour celles et ceux qui nous sont chers, nos familles, nos compagnons de travail, nos amis : que ces relations soient vécues dans la franchise et la vérité, en accord avec l’Evangile…
+ Pour notre communauté chrétienne : que notre charité se traduise par l’entraide et le questionnement mutuels vécus dans la charité…
CONTACTS
M. le Chanoine Patrick Willocq, curéResponsable de l’Unité pastoraleCuré de tous les clochers de l’entité de LeuzeTour Saint-Pierre 157900 Leuze-en-Hainaut069/77.79.030479/62.66.20M. le Diacre Jean-Marie BourgeoisPastorale du Baptême des petits enfants – Pastorale scolaireGrand-Rue 567900 Leuze-en-Hainaut0470/100 340M. le Diacre Michel HubletMise à jour du site internetAvenue de la Croix-Rouge 447900 Leuze-en-HainautRèglement Général sur la Protection des Données – RGPD – 25 05 2018Responsable du traitement des données personnelles : Abbé Patrick Willocq,Curé - Adresse : voir plus hautDélégué à la protection des données :Secrétaire général de la Conférence épiscopale belge -Adresse : asbl Centre interdiocésain, rue Guimard 1, 1040 Bruxelles - Tél. : 02/507 05 93 -Mail : ce.belgica@interdio.beAutorité de contrôle : Rue de la Presse 35, 1000 Bruxelles - Tél. : 02/274 48 00 -Secrétariat décanalTour Saint-Pierre 15 – 7900 Leuze-en-Hainaut069/77.79.03Permanences : mardi et vendredi de 9h30 à 12h00En cas d’absence, s’adresser à M. le Doyen
Nous porterons dans notre prière ...
Baptêmes
- Le dimanche 06 septembre, à 10h00, en l’église de Leuze : Lucile Landouzy, enfant de Ambre Dufour et Julien Landouzy
- Le samedi 12 septembre, à 14h30, en l’église de Pipaix : Lucas Vandensteen, enfant d’Angélique Van Caneghem et Andy Vandensteen
Que ces enfants découvrent combien notre Dieu les aime comme ses propres enfants.
Mariages
- Le vendredi 25 septembre, à 15h00, en l’église de Thieulain : Kaori Eto et Joceran Moreau
- Le samedi 17 octobre, à 14h00, en l’église de Pipaix : Stéphanie Materne et Hugues Dubuisson
Que tous nos vœux de bonheur et notre prière accompagnent les nouveaux époux !
Funérailles
Aux proches, nous redisons toute notre sympathie dans la foi et l’espérance de l’Evangile.
Dans notre Unité pastorale…




Pour les familles… les jeunes… les enfants …




Après les incendies de Cotignac, deux
unités des Scouts unitaires de France (SUF) ont adapté leur route d’été pour
venir en aide au sanctuaire. Du déblaiement à l’animation des messes, leurs
membres racontent à Aleteia comment ils ont mis leur temps et leur énergie au
service d’un lieu qu’ils ont contribué à faire revivre.
À
son arrivée à Cotignac, Amaury Colas, chef du clan Saint-Jacques d’Eaubonne,
une unité de routiers des Scouts unitaires de France (SUF), découvre un paysage
profondément marqué par les flammes. "On traversait des forêts où il ne
restait plus rien, avec des maisons et des voitures brûlées". Arbres
calcinés, sol noirci et forte odeur de cendre témoignent encore de la violence
des incendies qui ont ravagé le Var à la mi-juillet. Pour Amicie Deboeuf,
cheftaine des dix guides aînées du Feu Sainte-Cécile de Levallois-Perret (SUF),
l’impression est tout aussi forte. "C’était un paysage de
désolation."
C’est
dans ce décor que les deux unités gagnent le sanctuaire de Cotignac, après
plusieurs semaines de fermeture au public. À mesure qu’ils s’en approchent,
pourtant, le paysage change. Le lieu semble avoir été miraculeusement préservé.
"C’est assez impressionnant", raconte Amaury. "C’était une
véritable grâce de voir le Sanctuaire épargné", souligne Amicie, frappée
par le contraste.
Si
le sanctuaire a été épargné par les flammes, il n’en reste pas moins que la vie
du lieu a été profondément bouleversée. À leur arrivée, les scouts découvrent
les nombreux besoins auxquels il faut désormais répondre.
Un été placé sous le signe du service
Pour
les guides aînées du Feu Sainte-Cécile comme pour les routiers du clan
Saint-Jacques, la semaine à Cotignac était prévue de longue date. Le séjour
devait néanmoins prendre une tout autre forme. En effet, les guides aînées
étaient notamment attendues pour s’occuper des enfants lors d'une session
familiale. Puis les incendies ont frappé. Fallait-il renoncer à leur venue ou
changer de lieu de camp ? Après plusieurs échanges avec le frère Vincent,
recteur du sanctuaire, Amicie comprend qu’une autre voie est possible : venir
malgré tout, mais pour se rendre utiles autrement.

Les guides
aînées du Feu Sainte-Cécile se sont retroussées les manches pour entretenir les
jardins et redonner au Sanctuaire toute sa beauté. Sanctuaire de Cotignac
La
décision est ainsi rapidement prise. "Quand on est guides aînées, on se
met au service là où il y a besoin de nous. Donc, que ce soit pour l'animation
d'une session de famille ou pour aider aux travaux du sanctuaire, nous sommes
ravies dans tous les cas de pouvoir rendre service", indique la cheftaine.
Une
fois sur place, chacun trouve naturellement sa place en fonction des besoins du
sanctuaire. Pour les routiers du clan Saint-Jacques, il s’agit avant tout de
s’attaquer aux traces laissées par les flammes. Leur première tâche consiste à
déblayer une cabane de rangement entièrement détruite, avant d’évacuer les
débris et de couper les arbres calcinés sur plusieurs parcelles. Un travail
physique, mais qui prend tout son sens pour Amaury. "On sent qu’on est
utile, c’est une joie d’aider la communauté."
Les
guides aînées, quant à elles, se voient confier plusieurs missions pour
accompagner la reprise du sanctuaire. Du côté de l’accueil, les besoins sont
nombreux. Resté sans véritable présence pendant trois semaines, les appels et
les mails se sont accumulés et il faut désormais répondre aux demandes en
attente, rassurer les personnes qui cherchent à prendre des nouvelles du lieu
et renseigner celles qui viennent constater par elles-mêmes les conséquences de
l’incendie. Puis, les scoutes du Feu Sainte-Cécile s’attaquent également à la
remise en ordre du site, entre ménage, entretien et jardinage. "Il fallait
que le sanctuaire retrouve sa beauté", explique Amicie, alors que le lieu
se prépare à accueillir de nouveau les pèlerins et les groupes.
Au-delà
du travail accompli pour remettre le site en ordre, les guides aînées ont aussi
contribué à faire vivre les célébrations. Habituées au chant et à la musique,
elles ont animé les messes avec une joie particulière, dans un Sanctuaire
encore entouré par les traces de l’incendie. "C’était très beau de pouvoir
animer des messes très joyeuses pour des personnes qui venaient se recueillir
au Sanctuaire", se souvient Amicie avec émotion. Redonner de la vie au sanctuaire
Loin
de l’effervescence qui anime habituellement le sanctuaire en été, les scouts
ont ainsi découvert un lieu presque silencieux, marqué par les événements des
semaines précédentes.
Entre
les moments de service et les temps de prière, leur séjour a pris une dimension
particulière. "On a vraiment vécu une semaine coupée du monde",
raconte la cheftaine. Messes quotidiennes, offices, laudes et nuits d’adoration
ont rythmé leurs journées. "Je pense que ça nous a vraiment portés et que
ça nous a fait grandir", se confie Amicie. Une présence qui a également
apporté un peu de légèreté aux frères du Sanctuaire, après des semaines
éprouvantes. Au fil des repas partagés, des discussions et des rires, les
scouts ont contribué à recréer une vie de communauté. Une manière pour les
guides aînées de mettre en pratique un article de leur promesse précise la
cheftaine du Feu Sainte-Cécile.
Pour
Amaury, cette semaine à Cotignac illustre pleinement ce que signifie être
scout. "Le fait de se mettre au service est au cœur de notre engagement.
Peu importe, le service est là où on est appelé, quelle que soit la
difficulté." À Cotignac, les scouts n’ont finalement pas simplement
remplacé un camp par un autre. Ils ont mis en pratique ce qui se trouve au cœur
de leur engagement, celui de se rendre disponibles là où l’on a besoin d’eux.
L’incendie a bouleversé leur programme, mais pas leur volonté de servir.
Laura Marchaix
Dans notre Diocèse de Tournai…







Comme son prédécesseur, Mgr Frédéric Rossignol, notre nouvel évêque, insiste sur la formation des chrétiens. Il incite notamment les prêtres à susciter des groupes bibliques et à enseigner la foi à leurs paroissiens. L’Institut Supérieur de Théologie du Diocèse de Tournai peut les aider dans cette tâche, en proposant des cours sur les matières concernant Dieu et l’Église. Tous ces cours peuvent être suivis en élève libre. Ils se donnent à Tournai, à Mons et à Charleroi.L’ISTDT contribue aussi à la formation des animatrices pastorales et animateurs pastoraux. Et bien sûr, il forme les enseignants du cours de religion de l’Enseignement Secondaire et ceux du Fondamental. Ces derniers découvriront un nouveau séminaire qui leur est spécialement dédié : une initiation à la théologie mettant l’accent sur les applications pédagogiques.
Après plusieurs décennies où elle a assuré le secrétariat académique de l’Institut avec zèle et compétence, Mme Thérèse Lucktens a pris une retraite bien méritée en janvier 2026. Je la remercie très sincèrement pour son dévouement. Mme Chloé Lamarque lui succède. Je lui souhaite de s’épanouir dans sa nouvelle fonction, et je sais qu’elle sera aussi efficace que sa prédécesseuse, dans un style différent. Je veux aussi saluer le travail du Directeur de l’ISTDT, le chanoine Patrick Willocq, pour son engagement sans faille auprès des étudiantes et étudiants.
D’autres instances proposent des formations dans le diocèse, qu’elles soient spécialisées comme celles destinées aux fabriciens, aux catéchistes ou aux visiteurs, ou adressées au grand public, telles celles du CEFOC, de MESS’AJE ou d’Alpha. Sans oublier l’académie de musique Saint-Grégoire, créée en 1878 et installée au Séminaire de Tournai il y a quarante ans. Les enfants et les adultes peuvent y apprendre le clavecin, le chant, l’histoire de la musique et l’orgue, entre autres. Pourquoi pas vous ?
Stanislas Deprez
Service diocésain de la formation

Sur le site du Bois du Cazier, à Marcinelle, une assemblée recueillie s’est rassemblée le sous le chevalet, pour une messe en mémoire des 262 victimes de la catastrophe du 8 août 1956.
Avant la journée de commémoration proprement dite, nombreux étaient ceux à rejoindre le musée ce vendredi 7 août 2026 pour assister à la messe présidée par Mgr Rossignol. À ses côtés, l’abbé Procureur, doyen du Pays de Charleroi, mais aussi des prêtres venus du diocèse de Tournai et même d’Italie. Dans l’assemblée se retrouvaient des représentants des autorités belges et italiennes, des membres des familles des victimes et des paroissiens.
Une portée internationale
70 années se sont écoulées depuis la tragédie. Cela nous paraît à la fois lointain et pourtant si proche encore. Ce qui frappe, c’est non seulement son ampleur mais aussi sa portée internationale, car cette catastrophe prit la vie de 136 Italiens, 95 Belges, 8 Polonais, 6 Grecs, 5 Allemands, 3 Hongrois, 3 Algériens, 2 Français, 2 Russes, 1 Britannique et 1 Néerlandais.
Cette interculturalité s’est traduite dans la célébration par des lectures en italien et des intentions lues en plusieurs langues. Le Notre Père a étalement été récité en italien et en français. Derrière l’assemblée flottaient les drapeaux de tous les pays touchés par la catastrophe.
De Léon XIII à Léon XIV
Dans son homélie, Mgr Rossignol a évoqué le pape Léon XIII et son encyclique Rerum Novarum sur la justice sociale. Publiée en 1891, elle constatait déjà les ravages de la révolution industrielle. Tout en apportant la prospérité, celle-ci traînait derrière elle son lot de malheurs et de souffrance. Dans son encyclique, Léon XIII abordait la question du travail, des devoirs et des droits des travailleurs et des patrons.
135 ans plus tard, son successeur Léon XIV a publié une nouvelle encyclique sociale, Magnifica Humanitas, centrée sur le monde numérique. Comme le constate notre évêque : « entre le pape Léon XIII, la catastrophe du bois du Cazier et 2026, les choses n'ont pas tellement changé ». Si les conditions des travailleurs en Europe ont évolué, nous pouvons observer un retour en arrière, « dans un monde numérique, où vous avez vraiment une petite minorité qui commence à avoir un pouvoir supranational, et parfois nos hommes politiques sont bien en peine pour avoir une emprise sur le monde dans lequel nous vivons ».

Pour un monde plus juste
Devant les injustices sociales actuelles, Mgr Rossignol suggère trois actions que tout chrétien peut entreprendre pour rendre le monde plus juste : tendre vers plus de sobriété, rechercher un profit plus mesuré et être solidaire.
La sobriété, c’est trouver du plaisir dans les choses ordinaires et ne pas rechercher le luxe, la démesure ou le plaisir continuel. C’est apprécier son quotidien dans la sobriété. Cela permet aussi d’apprécier davantage les quelques extras. Rechercher un profit qui soit mesuré est quelque chose de difficile, car c’est une façon de penser qui va à l’encontre d’une tendance naturelle. Mais cela est valable tant pour les grandes multinationales que pour chacun de nous. Chacun a droit à un salaire juste par rapport à son travail, mais celui qui profite d’un produit qu’il est le seul à pouvoir fournir et qui fait s’envoler les prix participe à la création d’une société inégalitaire.
Être solidaire, cela peut passer aussi par prévoir dans son budget une partie dédiée au plus démunis. Si notre
modèle social actuel, avec ses taxes et sa solidarité globale, est une bonne chose, il ne suffit pas pour permettre à tous un accès digne aux produits de première nécessité, notamment médicaux.
Cette homélie à caractère social nous rappelle que les tragédies comme celles de Marcinelle sont aussi des leçons à retenir. Pour que plus jamais elles ne puissent se reproduire.
Marie Lebailly
(Source : Diocèse de Tournai et Cathobel)

Une news letters
Une page Facebook
Une chaine YouTube
Une revue trimestrielle
Un site Internet : www.hospitalite-tournai.be

Cet été, CathoBel vous
emmène à la découverte des trésors et recoins de quatre cathédrales en
Belgique. Laissez-vous guider de détail insolite en trésor méconnu vers une
histoire fascinante qui révèle l’âme et la mémoire de ces édifices d’exception.
Direction Tournai pour ce premier épisode. Des sculptures discrètes, des objets
chargés d'histoire, un évêque enterré clandestinement… la plus ancienne
cathédrale de Belgique regorge de mystères.
Le visiteur qui découvre la cathédrale de Tournai gardera
sans doute en mémoire l’impressionnante silhouette de ses cinq tours, la
majesté de son architecture romane, l’alignement de ses piliers de pierre ou
encore les statues et la majestueuse rosace de sa façade. Pourtant, comme
souvent dans les grands monuments, les trésors les plus passionnants ne sont
pas toujours les plus visibles. Derrière les perspectives monumentales se
cachent des formes, des objets et des histoires révélant une autre cathédrale, plus
intime, où chaque détail conserve la mémoire d'un événement, d'un personnage ou
d'une étonnante anecdote. Des sculptures commémoratives, une chapelle privée,
un minuscule reliquaire, un vêtement impérial devenu objet liturgique ou encore
une sépulture clandestine racontent, à leur manière, près de mille ans
d'histoire.
Les sculptures qui racontent la naissance de la
Grande Procession
Avant même de pénétrer dans l’édifice, notre guide Francis
Vande Putte, membre des Amis de la cathédrale et du groupe bénévole des
"anges de la cathédrale", nous invite à lever les yeux vers le registre central du porche. Là se
déploie un ensemble sculpté que beaucoup traversent sans lui accorder un regard
attentif. Ces scènes rappellent l’un des épisodes les plus dramatiques de
l’histoire de la ville: l’épidémie d’ergotisme qui frappa la région en 1089.

© CathoBel/MV
Les bas-reliefs montrent la détresse d’une population
décimée. Depuis les campagnes tournaisiennes, les corps de victimes sont
acheminés vers la cathédrale. Ces morts ont amené l'évêque Radbod II à
instituer en 1092 la procession de Tournai, une marche de supplication à la
Vierge afin d’obtenir la fin du fléau. Plus de neuf siècles plus tard, la
tradition perdure. La procession est, elle-même, représentée sur la façade de
la cathédrale dans une succession de tableaux sculptés illustrant le cortège:
porteurs de croix, petits chanteurs, diacres lisant les épîtres, chanoines,
magistrats, évêque et reliquaires des saints patrons Éleuthère et Piat. Dans la
pierre se conserve ainsi une imagerie symbolique de la ville médiévale
rassemblée autour de sa cathédrale.


© CathoBel/MV
Le minuscule reliquaire qui accompagnait
l'évêque
Depuis mai 2026, un important chantier est en cours en vue
de restaurer le dallage de la nef romane et du transept. Pendant un an encore,
le public ne pourra plus accéder à ces parties de la cathédrale, ni au Trésor.
Francis Vande Putte le déplore mais tient à nous présenter une des pièces les
plus étonnantes qui y figurent: un reliquaire mérovingien qui pourrait tenir
dans le creux de la main. L'objet ne pèse que 98 grammes. Sa petite taille
contraste avec son importance historique. Décoré autrefois de grenats, ce
coffret portatif d'ivoire témoigne de l’ancienneté du culte des reliques à
Tournai. Il aurait été associé aux visite pastorales de Radbod II, évêque
érudit, grand prédicateur et fervent défenseur du culte marial.

© Pascal Lemaître
"Contrairement aux
imposantes châsses, relève notre guide, ce reliquaire accompagnait facilement
les déplacements épiscopaux pour susciter la dévotion et le soutien matériel à
ses entreprises." L’objet pouvait être porté au cou ou suspendu à une
crosse. Conservé dans la châsse de Notre-Dame avant d'en être extrait au XIXe
siècle, il rappelle combien les reliques furent longtemps au cœur de la vie
religieuse et du prestige des cathédrales médiévales.
La chapelle Saint-Vincent, un joyau presque
inaccessible
Rares
sont les visiteurs qui ont l’occasion de découvrir la chapelle SaintVincent.
Construite vers 1198 à la demande de l’évêque Etienne d’Orléans, elle relie
symboliquement et physiquement l’évêché à la cathédrale. Edifiée au-dessus de
la voie publique, elle permettait à l’évêque de rejoindre directement son lieu
de pouvoir sans traverser les ruelles de la ville qui "à l'époque étaient certainement nauséabondes",
observe Francis Vande Putte.
Cette
petite chapelle constitue un jalon capital de l’histoire de l’architecture. A
la charnière de l’art roman et du gothique naissant, elle présente encore des
éléments hérités de la tradition romane tout en annonçant les formes nouvelles
venues d’Ile-de-France.

© CathoBel/MV
Beaucoup la considèrent comme l’un des plus anciens
exemples du gothique dans la vallée de l’Escaut. Les fenêtres romanes côtoient
déjà les premiers arcs brisés. Les vitraux ne sont plus d'origine. Ils datent
du XIXe et retracent d'un côté la vie du Christ et de l'autre, celle de
saintVincent, un saint très important dans le Hainaut. Durant les travaux de la
cathédrale, la chapelle accueille exceptionnellement les messes quotidiennes de
11h. C'est également dans cet espace aux dimensions modestes que les évêques
rencontraient les catéchumènes et que les membres du Conseil épiscopal
prêtaient serment.
Un détail plus insolite est à découvrir sous l'arche qui
soutient la chapelle. Un panneau gravé dans la pierre vers 1930 reproduit un
quatrain attribué du XIIIe siècle, attribué à Etienne d’Orléans et destiné à
l’instruction des habitants.

© Agnès Michel
Le texte en latin avertit sans détour les passants
souffrant de désordres intestinaux de ne pas se soulager en ce lieu sacré, sous
peine de recevoir des coups de bâton. A l'opposé de la solennité du monument
apparaît cette inscription étonnante qui rappelle les difficultés hygiéniques
de l'époque. Le quatrain est extrait d'un règlement plus complet archivé dans
la cathédrale.
Le manteau de Charles-Quint devenu chape
liturgique
Dans les collections de la cathédrale figure aussi une
pièce de textile exceptionnelle: une chape connue sous le nom de manteau de
CharlesQuint. En décembre 1531, l’empereur préside à Tournai un chapitre de la
Toison d’Or. Pour l’occasion, il porte un somptueux manteau de velours rouge
ciselé et tissé au fil d’or. A l’issue de son séjour, il offre ce vêtement à
l’abbaye Saint-Martin qui l’avait accueilli. Les moines le transforment ensuite
en chape liturgique. Ils y ajoutent un chaperon et des bandes richement brodées
représentant plusieurs épisodes de la Passion du Christ. Ce recyclage
prestigieux illustre les liens étroits entre pouvoir impérial et institutions
religieuses.

© Daniel Delécaut
Au-delà
de sa beauté matérielle, l’objet agit comme un pont entre la grande histoire
européenne et l’histoire locale. Il rappelle que Tournai fut, le temps de
quelques jours, le théâtre d’un événement politique majeur réunissant l’élite
de l’ordre de la Toison d’Or.
L’évêque enterré en secret dans la cathédrale
Certaines
histoires tiennent presque du roman. Celle de l’évêque Gaspard Labis en fait
partie. A la fin du XVIIIe siècle, l'empereur Joseph II avait interdit les
inhumations dans les églises. Après avoir joué un rôle essentiel dans la
restauration de la cathédrale au XIXe siècle, Mgr Labis avait exprimé le
souhait d’y reposer en dépit de la législation. A sa mort, en 1872, ses fidèles
collaborateurs, le chanoine Voisin et le doyen du chapitre, Mgr Ponceau,
décident d’exaucer discrètement ce vœu. L’évêque est enterré clandestinement
dans la cathédrale tandis que les funérailles officielles se déroulent avec un
cercueil vide. Lorsque l’affaire éclate, le chanoine est condamné par la
justice mais refuse toujours de révéler l’emplacement de la sépulture.

© Etienne Boussemart
Le mystère demeure pendant plus d’un siècle. Ce n’est qu’en
2014, lors du sondage des fondations du chœur, que le cercueil est retrouvé. En
2021, les restes de Mgr Labis sont réinhumés avec ceux de deux évêques du XIe
siècle, Baudouin et Radbod II, retrouvés lors des fouilles de la nef, refermant
ainsi une étonnante histoire de fidélité, de désobéissance et de patience. Peu
de cathédrales peuvent se vanter d’abriter une telle intrigue funéraire.
Ces trésors et recoins rappellent que la cathédrale de
Tournai ne se résume pas à sa monumentalité. Derrière chaque pierre, chaque
objet et chaque passage discret se cache une histoire qui éclaire autrement
l'un des plus grands monuments religieux d'Europe.
Manu VAN LIER





Dans l’Église de Belgique…

Ce jeudi, l'archevêque de
Malines-Bruxelles a rencontré le ministre fédéral du Climat et de
l'Environnement, à l'initiative de ce dernier. Il a confirmé la volonté de
l'Eglise catholique de favoriser, dans la mesure du possible et dans le respect
des réalités locales, l’ouverture de ses bâtiments.
Sur
le terrain, les initiatives sont nombreuses. Et, si elles ne datent pas d'hier,
elles se multiplient alors que les thermomètres s'affolent. De plus en plus de
communautés s'organisent pour assurer l'ouverture des églises en période de
forte chaleur. En juin, à Tervueren, des étudiants ont même présenté des
examens dans une église. Il faut dire que nombre de ces édifices ont un certain
âge... et des murs particulièrement épais. Ce qui est particulièrement précieux
quand les températures augmentent.
"Dans
le respect des réalités locales"
La
chose n'a pas échappé à Jean-Luc Crucke (Les Engagés), le ministre fédéral du
Climat et de l'Environnement, qui est en train de préparer un futur plan
interfédéral d’adaptation aux phénomènes météorologiques extrêmes. C'est tout
naturellement que ce jeudi, il a reçu Mgr Luc Terlinden, le président de la
Conférence des évêques de Belgique.
Les deux
hommes se sont manifestement bien entendus. Mgr Terlinden a en effet confirmé
la volonté de l'Eglise catholique de
"favoriser, dans la mesure du possible et dans le respect des réalités
locales, l’ouverture de ses bâtiments." Et encore: "Les personnes qui souhaitent y trouver
un moment de fraîcheur peuvent y être accueillies dans le respect des lieux, de
leur vocation et de chacune et chacun de ceux qui les fréquentent." Le défi du patrimoine immobilier
Les deux
hommes ont prévu une poursuite des échanges.
"Dans le respect des compétences et responsabilités de chacun, ainsi que
du principe d’autonomie réciproque de l’Église et de l’État, les discussions se
poursuivront dans les prochaines semaines avec les autorités civiles et
ecclésiastiques concernées", communiquent conjointement le ministre et
l'archevêque. "Les Régions et les
pouvoirs locaux, qui jouent un rôle essentiel dans la gestion de nombreux
édifices religieux, y seront pleinement associés."
En
2015, avec son encyclique Laudato si',
le pape François positionnait clairement l'Eglise catholique dans le combat en
faveur de la préservation de la planète et contre le réchauffement climatique.
Depuis lors, à l'étranger comme en Belgique, l'Eglise multiplie les initiatives
sur ce terrain. Ce jeudi, l'archevêque Terlinden et le ministre Crucke ont
d'ailleurs aussi évoqué "les
perspectives qu’offre le patrimoine immobilier de l’Église en matière de
transition énergétique et de résilience climatique." Le chantier ne
fait que commencer...
Vincent
Delcorps
Face à la crise
climatique, notre "étrange défaite" n'est pas due à l'ignorance, mais
à notre incapacité collective à laisser les vérités scientifiques changer nos
modes de vie. Une opinion de Lionel Jonkers, professeur de religion catholique.
En 1940, l'historien Marc Bloch, officier mobilisé, assiste
à l'effondrement de la France en six semaines. Il écrit à chaud L'étrange défaite, un texte qui n'accuse
ni les généraux ni la fatalité, mais interroge une défaillance plus profonde :
celle d'une pensée formée pour une guerre ancienne, incapable de concevoir la
guerre nouvelle qui la balaie. Ce n'est pas, écrit-il, un problème de moyens,
mais de pensée. Or cette structure éclaire notre rapport à la crise climatique.
Le pape François, dans Laudato
Si', parle ainsi de notre "maison commune" pour désigner la Terre
— une formule qui rappelle ce que nous avons cessé de penser : nous ne sommes
pas devant un décor, mais partageons une demeure fragile, aux ressources
finies, dont nous sommes solidairement responsables. C'est précisément cette
évidence que notre intelligence collective peine à intégrer.
Pourtant, ce n'est pas un problème d'information. Les
rapports scientifiques s'accumulent depuis un demi-siècle. Le "cri de la
terre" que décrit François a été mesuré, documenté, répété — sans jamais
devenir, dans nos décisions collectives, une évidence agissante. Nous savons,
et continuons pourtant comme si nous ne savions pas. Voilà l'étrange défaite :
non l'ignorance, mais l'incapacité de laisser un savoir reconfigurer une
pensée.
"Cette sottise qui consiste à connaître le
vrai sans le laisser agir en nous"
Car cette défaillance n'est pas celle des ignorants, mais
bien des informés — scientifiques, décideurs, citoyens instruits — qui ont su
nommer le danger sans jamais le laisser modifier leurs choix. C'est un défaut
d'esprit plus qu'un défaut de savoir : une inaptitude à réviser à temps les
cadres à travers lesquels nous lisons le réel.
Spinoza, dans L'Éthique,
offre ici une clé décisive : une idée fausse ne cède jamais à une idée vraie
par la seule force de sa vérité ; il faut qu'elle s'impose avec la nécessité
d'un affect. Ainsi avions-nous tout ce qu'il fallait pour nous détromper
nous-mêmes. Il ne nous manquait ni les preuves ni leur répétition ; il nous
manquait cette nécessité intérieure capable de déloger le confort de nos
habitudes — et donc la volonté véritable, celle qui n'est pas un vague souhait
mais l'effet d'une vérité devenue force. En ce sens, nous fûmes, et demeurons
peut-être, des idiots : non par défaut d'intelligence, mais par cette sottise
qui consiste à connaître le vrai sans le laisser agir en nous.
"Nous continuons à jouer l'ancienne
pièce"
De là vient que nos catégories mentales datent d'un monde
révolu, où la croissance semblait un horizon sans limite et la nature un simple
décor devant lequel se jouait le seul drame qui nous importait : celui des
sociétés humaines entre elles. Or le climat est devenu l'acteur principal ; et
nous continuons, pour beaucoup, à jouer l'ancienne pièce. C'est pourquoi
François parle d'"écologie intégrale" pour dire que la crise
écologique et la crise sociale n'en forment qu'une seule — exigeant de penser
ensemble ce que nos institutions, taillées pour des crises brèves, ont appris à
séparer. Une fiction confortable, en outre, a nourri cette cécité : celle d'un
mode de vie pouvant durer indéfiniment, désirée car elle épargnait la refonte
douloureuse de nos façons de produire, de nous déplacer, de nous nourrir. Je
m'inclus dans ce constat : combien de fois ai-je su, et continué comme si je ne
savais pas ?
"Le courage de convertir notre regard"
Il serait donc commode d'écrire, un jour, que "nous ne pouvions pas savoir ".
Ce serait faux : nous savions. Ce qui a manqué, c'est le courage intellectuel
de laisser ce fait reconfigurer notre idée du temps, de la richesse, de la
limite — le courage de convertir notre regard avant que la nécessité ne nous y
contraigne.
Bloch, cependant, écrivait après la chute. Nous écrivons
avant que tout ne soit joué : ce texte n'est pas un tombeau, mais un
avertissement qui a encore le temps d'être entendu — si nous consentons, enfin,
à habiter notre maison commune autrement qu'en rêve.
Lionel Jonkers,

