Une Parole … Une Prière
22ÈME DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

«…SI QUELQU’UN VEUT MARCHER À MA SUITE… »

« En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de
Dieu, mais celles des hommes. »
Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »
Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu 16, 21 – 27
Illustration : Abbaye de Chevetogne, Chœur de l’église latine

Méditation du Pape Léon XIV
LÉON XIV
AUDIENCE GÉNÉRALE
Place Saint-Pierre
Mercredi 05 août 2026
Catéchèse. Les Documents du Concile Vatican II
III. La Constitution dogmatique Sacrosanctum Concilium
5. La prière de l'Église

Frères et sœurs, bonjour et bienvenue !
Dans cette catéchèse, nous reprenons la réflexion
sur la Constitution conciliaire sur la liturgie Sacrosanctum
Concilium (SC). Aujourd’hui, nous
nous attardons sur la dimension ecclésiale de la prière liturgique.
Comme le suggère l’apôtre Paul, c’est
l’Esprit Saint qui nous enseigne à prier. Depuis le jour de la Pentecôte,
l’Esprit habite l’Église, inspirant chacune de ses activités et, en
particulier, la prière. La vie de la première communauté, née à Jérusalem après
la Pâque de Jésus, est une vie dans l’Esprit donné par le Seigneur ressuscité.
« Depuis lors – dit le Concile –, l’Église n’omit de se réunir pour célébrer le
mystère pascal ; en lisant « dans toutes les Écritures ce qui le concernait »
(Lc 24, 27), en célébrant l’Eucharistie dans laquelle « sont rendus présents la
victoire et le triomphe de sa mort » et en rendant en même temps grâces « à
Dieu pour son don ineffable » (2 Co 9, 15) dans le Christ Jésus « pour la
louange de sa gloire » (Ep 1, 12) par la puissance de l’Esprit Saint. (SC, 6).
À notre époque, dans des contextes
dominés par une mentalité axée sur l’efficacité et la consommation, la prière
peut sembler inutile et dérisoire. Dans un monde où la science et la technique
prétendent apporter toutes les réponses, prier peut apparaître comme une forme
d’évasion. De plus, même dans de nombreuses familles chrétiennes, la tradition
de la prière ne se transmet plus, tandis que beaucoup de personnes risquent de
la confondre avec une technique parmi d’autres, de nature psychologique et visant
le bien-être personnel. La prière, en revanche, en tant que dimension
fondamentale de notre humanité, mérite d’être redécouverte dans sa vérité.
La Constitution Sacrosanctum Concilium a
pris cette exigence au sérieux. Et cela réjouissait profondément le pape saint
Paul VI qui, en promulguant ce premier document approuvé par le Concile Vatican
II, affirmait : « Dieu à la première place ; la prière, notre première
obligation ; la liturgie, première source de la vie divine qui nous est
communiquée, première école de notre vie spirituelle » (Discours, Basilique
Saint-Pierre, 4 décembre 1963).
Dans la Constitution, en effet, le terme
« la prière » désigne l’ensemble de la liturgie. Cette perspective est
déterminante, car elle a orienté la réforme liturgique en plaçant la
participation active des fidèles au cœur de celle-ci. La liturgie est présentée
avant tout comme le lieu de la rencontre, de l’initiative de Dieu qui se fait
proche de l’humanité en son Fils, « le Verbe fait chair, oint par le
Saint-Esprit » (SC, 5), à laquelle nous
pouvons répondre « par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans
l’unité du Saint-Esprit », c’est-à-dire grâce à la « prière que le Christ, uni
à son Corps, élève vers le Père » (SC, 84).
C’est pourquoi saint Paul VI désirait
ardemment que la Liturgie des Heures, c’est-à-dire la prière publique
quotidienne de l’Église, inséparable de l’Eucharistie, imprègne profondément,
ravive, guide et exprime toute la prière chrétienne et alimente efficacement la
vie spirituelle du peuple de Dieu (cf. Const. ap. Laudis
canticum).
Pour que ce désir se réalise, la
Liturgie des Heures demande à être de plus en plus accueillie et vécue dans la
vie quotidienne des baptisés et des communautés. À tant de personnes qui
veulent apprendre à prier, en particulier aux catéchumènes, elle peut offrir le
chemin et l’école de la prière chrétienne.
Chaque semaine et chaque jour,
l’Eucharistie et la Liturgie des Heures sont le souffle de la vie de l’Église
qui fait circuler l’Esprit Saint dans son Corps. Dans cette prière, le Christ «
s’adjoint toute l’humanité et se l’associe dans ce divin cantique de louange. »
(SC, 83) ; ainsi, jour après
jour, nous sommes toujours plus associés au mystère pascal et conformés à Lui.
Saint Augustin affirme : « Lorsque nous
parlons à Dieu dans la prière, nous ne devons pas séparer de lui le Fils ; et
lorsque le corps du Fils prie, qu’il ne se sépare pas de sa propre tête ; que
ce soit donc le même et unique Sauveur de son corps, notre Seigneur
Jésus-Christ, Fils de Dieu, celui qui prie pour nous, qui prie en nous et qui
est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre ; il prie en nous comme
notre chef ; il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc en lui
notre voix, et sa voix en nous » (Enarr. in psalmum LXXXV: PL 37, 1081).
Liée à l’Eucharistie, dont elle prolonge
la lumière, la Liturgie des Heures sanctifie le temps de notre vie quotidienne
: le matin, nous commençons la journée avec foi et gratitude ; à midi, nous
demandons la force de rester fidèles au milieu des épreuves ; le soir, une fois
le travail terminé, les Vêpres accompagnent le moment du coucher du soleil ; la
nuit, nous nous endormons en nous en remettant à la paix de Dieu. Chaque heure
est un acte d’espérance : au cours de notre pèlerinage terrestre, nous veillons
en attendant, avec toute l’Église, le retour glorieux du Seigneur.
Pape Léon XIV
Copyright © Dicastère pour la Communication - Libreria Editrice Vaticana

Prier avec le Pape
PRIER AVEC LE PAPE
INTENTION DE PRIÈRE DU PAPE - AOUT 2026
« Pour l’évangélisation des villes »
Cliquez sur l'illustration pour avoir accès à la vidéo.
Seigneur Jésus, Bon Pasteur,
Tu parcours nos rues et nos places,
Tu entres dans les immeubles élevés et les quartiers humbles,
Tu accompagnes en silence des millions de personnes
qui cherchent un sens au milieu du bruit et de la précipitation.
Tu connais, Seigneur, le cœur de la ville :
ses lumières et ses ombres, son agitation et sa solitude.
Nous savons que les villes sont appelées à être des lieux de liberté et d’opportunité,
mais elles peuvent aussi devenir des espaces d’anonymat et d’isolement.
C’est pourquoi aujourd’hui, nous Te demandons un regard nouveau,
capable de découvrir dans la vie urbaine
un terrain fécond pour annoncer ton Évangile.
Donne-nous une foi créative et profonde,
qui ne reste pas dans les mots,
mais qui s’incarne dans des gestes simples et proches.
Fais de nous une Église en sortie,
capable de tendre la main aux périphéries,
d’apporter la consolation dans la solitude,
et de semer la fraternité là où règne l’indifférence.
Seigneur, que nos communautés urbaines
soient des foyers ouverts et accueillants,
des lieux où l’on partage l’espérance,
où personne ne se sente invisible,
et où la joie de ton Évangile illumine
la vie cachée de tant de frères et sœurs.
Fais de nous tes témoins dans la ville,
des missionnaires audacieux et créatifs,
qui annoncent par leur vie ton Amour,
capable de vaincre la précipitation, le bruit et l’anonymat.
Amen.

Beaucoup, dans l’Eglise mais pas uniquement, encouragent à lire la première Encyclique du Pape Léon XIV (voir aussi notre rubrique « Lecture du soir… Lecture du matin… »). C’est pourquoi nous allons la publier petit à petit dans notre Chronique. Bonne lecture !

Les principes de la Doctrine sociale
Le principe du bien commun
59. Reconnaître que chaque homme et chaque femme porte en soi une dignité inaliénable et a des droits qu’aucun pouvoir humain ne peut léser ou annuler, exige de façonner la manière dont nous vivons ensemble, nos choix économiques et politiques, ainsi que le visage concret de nos villes. De là naît le premier grand principe de la Doctrine sociale que je désire rappeler : le bien commun. Nous pouvons le décrire comme la forme sociale de la dignité reconnue à chacun. Lorsque Benoît XVI a évoqué les valeurs non négociables que l’Église doit toujours défendre, il a inclus parmi celles-ci « la promotion du bien commun ». [75] Pour un chrétien, en effet, sortir du petit monde de ses propres intérêts et s’engager, dans la mesure de ses possibilités, pour le bien commun est une valeur non négociable, tout comme l’est la promotion de la vie.
60. Le Concile Vatican II a affirmé que le bien commun consiste en « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ». [76] Cette définition nous offre une première orientation précieuse, car le bien commun ne se réduit pas à une simple liste de conditions ou d’institutions. Il ne coïncide pas avec la somme des avantages des individus ni avec le croisement de leurs intérêts particuliers ; c’est un bien plus grand qui appartient à tous et que nous pouvons construire, accroître et préserver seulement ensemble. Nous pouvons dire que l’action sociale atteint sa pleine mesure lorsqu’elle tend vers ce bien partagé, tout comme l’action morale de la personne trouve son accomplissement dans le choix du vrai bien. [77]
61. En ce sens, nous pouvons affirmer que « le tout est plus que la somme des parties » [78] et que, précisément pour cette raison, « la simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde meilleur pour toute l’humanité ». [79] C’est une illusion de penser qu’il suffit de rechercher son propre progrès pour contribuer au bien de tous, sans avoir à se soucier réellement des autres. Cette vision ignore la valeur propre et spécifique du bien commun : celui-ci est le fruit de l’« interdépendance » [80] qui engendre un réseau de biens sociaux se diffusant et se répercutant sur les personnes. Le bien commun est un plus, résultat de l’interaction et de l’influence réciproque qui relie différentes actions, initiatives, efforts ou décisions. Si l’on se contentait d’additionner les biens individuels, on ne pourrait expliquer l’existence de ce plus qui les dépasse et, en même temps, les enrichit.
62. C’est la recherche du bien commun qui donne vie à un peuple, entendu non pas comme une simple somme d’individus, mais comme une réalité vivante où les personnes apprennent à se reconnaître liées les unes aux autres et co-responsables de la res publica. De ce point de vue, chaque personne contribue à construire son propre peuple par « un travail lent et ardu qui exige de se laisser intégrer, et d’apprendre à le faire au point de développer une culture de la rencontre dans une harmonie multiforme ». [81] Travailler ensemble à la recherche du bien de tous signifie avoir un projet commun. Il est évident qu’il existe entre les personnes de nombreuses différences idéologiques et pragmatiques, des intérêts divergents et de fréquents désaccords, mais cela ne signifie pas qu’il soit impossible d’engager un dialogue pour établir un consensus qui permette de constituer un projet pour tous et d’avancer ensemble.
63. Il incombe à l’État de garantir la cohésion, l’unité et une organisation équitable de la société civile, afin que le bien commun puisse être véritablement recherché avec la contribution de chacun. Cela signifie concrètement que les pouvoirs publics ont pour tâche délicate d’« harmoniser avec justice » [82] les différents intérêts en jeu, en recherchant un équilibre entre biens particuliers et bien commun, sans laisser de côté les plus faibles. Lorsque la politique renonce à une vision à long terme et se réduit à des calculs à court terme ou à des logiques d’opposition, le langage du bien commun perd en crédibilité et les inégalités comme les fractures sociales augmentent.
64. Cela vaut également pour la politique internationale. Alors que les distances entre les peuples s’accroissent, des logiques d’opposition et d’agressivité se mettent en place, et le difficile chemin vers un monde plus uni et plus fraternel subit de nouveaux et douloureux revers. Dans ce contexte, parler d’un chemin commun vers un développement plus juste pour toute la famille humaine « semble relever de la folie ». [83] Mais nous ne pouvons pas perdre espoir. J’invite chacun à réfléchir à des formes de coopération et d’institutions internationales plus efficaces, capables de préserver le bien commun global sans pour autant supprimer la légitime pluralité des peuples et des États. En effet, la promotion du bien commun ne peut jamais être dissociée du respect du droit des peuples à exister, à préserver leur propre identité et à contribuer par leur spécificité à la famille des nations. [84] Toute tentative ou tout projet visant à éliminer ou à soumettre une nation est gravement immoral et donc inacceptable.
Le principe de la destination universelle des biens
65. « Parmi les multiples implications du bien commun, le principe de la destination universelle des biens revêt une importance immédiate ». [85] Ce principe nous rappelle avant tout que les biens de la terre – le sol, l’eau, l’air, les ressources naturelles – sont donnés par Dieu à toute la famille humaine pour soutenir la vie de chacun, aujourd’hui comme pour les générations futures, et que chaque personne a un droit originel à l’usage de ces biens. Saint Jean-Paul II rappelait que « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne ». [86] Par conséquent, « il n’est pas conforme au dessein de Dieu d’utiliser ce don de telle sorte que ses bienfaits ne profitent qu’à quelques-uns ». [87] Aujourd’hui, nous sommes appelés à reconnaître que cette destination universelle ne concerne pas seulement les biens matériels, mais aussi les biens immatériels et culturels.
66. Il existe un droit à la propriété privée qui possède son sens et sa fonction propres, mais toujours subordonné à la destination universelle des biens. Selon Jean-Paul II, cette subordination est la règle d’or du comportement social et le « premier principe de tout l’ordre éthicosocial ». [88] La tradition de l’Église a vu dans la propriété un moyen de préserver et d’administrer les biens afin qu’ils puissent mieux servir le bien commun. Puisque « la tradition chrétienne n’a jamais reconnu comme absolu ou intouchable le droit à la propriété privée », [89] sa fonction sociale ne doit pas être considérée comme une simple opinion théologique, mais comme une doctrine certaine de l’Église, déjà présente dans les Saintes Écritures et chez les Pères. C’est pourquoi le Pape François a rappelé que la solidarité, vécue en profondeur, signifie aussi « rendre au pauvre ce qui lui revient ». [90]
67. Aujourd’hui, parmi les biens universellement destinés à tous, nous devons également compter les nouvelles formes de propriété : brevets, algorithmes, plateformes numériques, infrastructures technologiques, données. Dans un contexte où la richesse des nations dépend de plus en plus des connaissances et des technologies, quand ces biens restent concentrés entre les mains de quelques-uns, sans formes adéquates de partage et d’accès, il se crée un nouveau déséquilibre contredisant la destination universelle des biens et alimentant le fossé entre les inclus et les exclus, entre ceux qui peuvent participer à la révolution numérique et ceux qui en restent à l’écart. De plus, le soin de la Maison commune comme la responsabilité envers les pauvres et les générations futures requièrent que l’usage des biens de la création et des nouvelles possibilités offertes par la technique soit réglementé de manière à respecter l’environnement, à éviter le gaspillage et les nouvelles formes de pillage.
(A suivre)
LEON XIV
[75]Benoît XVI, Exhort. ap. Sacramentum caritatis (22 février 2007), n. 83 : AAS 99 (2007), p. 169.
[76] Conc. Œcum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes , n. 26 : AAS 58 (1966), pp. 1046-1047.
[77] Cf. Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 164.
[78] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 235 : AAS 105 (2013), p. 1115.
[79] Id., Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 105 : AAS 112 (2020), p. 1005.
[80] Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38 : AAS 80 (1988), p. 564.
[81]François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 220 : AAS 105 (2013), p. 1110.
[82] Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 169.
[83] François, Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 16 : AAS 112 (2020), p. 974. [84] Cf. Saint Jean-Paul II, Discours à la 50e Assemblée générale des Nations Unies (5 octobre 1995), n. 8 : Enseignements de Jean-Paul II, vol. XVIII/2, p. 735.
[85] Conseil pontifical « Justice et Paix », Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 171.
[86] Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1 er mai 1991), n. 31 : AAS 83/10 (1991), p. 831.
[87] Id., Homélie lors de la messe célébrée pour les agriculteurs à Recife, au Brésil (7 juillet 1980), n. 4 : AAS 72 (1980), p. 926.
[88] Id, Lett. enc. Laborem exercens (14 septembre 1981), n. 19 : AAS 73 (1981), p. 626.
[89] François, Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 93 : AAS 107 (2025), p. 884 ; cf. Id., Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 120 : AAS 112 (2020), p. 1010.
[90] Id., Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 189 : AAS 105 (2013), p. 1099.
LEON XIV
(
Parole de Mgr Frédéric Rossignol


Depuis mon ordination, j’ai eu à cœur de répondre à de nombreuses invitations un peu partout dans le diocèse. J’ai célébré des messes dans
les sept doyennés, pour rencontrer les doyens et leurs communautés, j’ai présidé des célébrations en lien avec la catéchèse et le catéchuménat (avec bon nombre de confirmations ici et là), j’ai participé à des anniversaires et des fêtes de clochers. Ces invitations liées à des événements locaux se poursuivront tout au long de mon épiscopat, mais la visite d’un évêque ne peut se limiter à la participation à des célébrations, si belles et priantes soient-elles. Il me faut prendre du temps pour connaître les communautés locales et les encourager à vivre leur vie chrétienne à travers une multiplicité d’engagements : les célébrations eucharistiques quotidiennes et dominicales, la catéchèse et le catéchuménat, l’attention aux pauvres, aux malades et aux personnes isolées, la formation continue des chrétiens adultes, l’attention aux jeunes et aux nouveaux venus dans l’Église, la pastorale scolaire, l’accueil dans les églises, l’entretien des églises et bâtiments ecclésiaux, le lien avec les autorités civiles, le dialogue oecuménique et interreligieux, les fêtes et autres moments de dévotion populaire,…
C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de me rendre cinq fois par an dans cinq régions du diocèse pour des visites pastorales de cinq jours. Ces visites, en principe du mercredi au dimanche, dans une ou plusieurs unités pastorales (en fonction de la taille de celles-ci et de leur proximité géographique), en logeant sur place si possible, stimuleront les communautés locales à faire le point sur leur vitalité existante et à ouvrir de nouvelles perspectives pour l’avenir.
Pour préparer ces visites, j’invite les communautés locales autour de leur(s) pasteur(s), et en lien avec l’équipe d’animation pastorale :
1. à faire préalablement le point sur ce qui a été vécu en unité pastorale ces cinq dernières années, pour pouvoir me présenter ensuite les joies et les peines, les réussites, les échecs et les projets à venir de l’unité pastorale, en lien avec le carnet de route de l’UP et dans la perspective synodale qui est la nôtre depuis plus de dix ans ;
2. à établir un programme de visite de l’évêque qui touche à des éléments essentiels de la vie de la communauté chrétienne :
– la rencontre des divers groupes chrétiens de la paroisse
– la visite des pauvres, malades ou personnes âgées ou isolées
– la rencontre des autorités civiles
– la rencontre des confirmés des cinq dernières années pour un temps de partage
– la rencontre des religieux et religieuses et/ou mouvements présents dans l’UP
– la visite aux écoles et mouvements de jeunesse présents dans l’UP
– une veillée de prière
– une soirée de formation donnée par l’évêque sur un thème pastoral
– des célébrations eucharistiques quotidiennes en petite ou grande assemblée
– la célébration eucharistique dominicale
– … (Cette liste est indicative et non-exhaustive !) On veillera à être attentif à différents écueils :
• Le but de la visite pastorale n’est pas de donner une vision artificielle de la communauté d’accueil. Il ne s’agit ni de prétendre que tout fonctionne au mieux dans l’unité pastorale en cachant les difficultés et tensions, ni de préparer une litanie de complaintes sur ce qui ne fonctionne pas. Charité et vérité seront bien articulées à la lumière de la foi…
• Le but n’est pas de surcharger à tout prix la visite pour présenter exhaustivement tout ce qui fait la vie de la communauté.
• On essaiera de faire en sorte que cette visite soit marquée par un avant et un après qui poussent à une vraie conversion de la communauté, mais sans se donner des objectifs irréalisables. On y préférera des projets réalistes sur le moyen terme, en particulier dans le domaine
(a) de la formation chrétienne des adultes (qui pour la donner et y participer ? sur quel sujet ? à quel rythme et pour combien de temps ?);
(b) de l’accueil des nouveaux chrétiens dans la communauté ;
(c) des ministères à valoriser (vocations consacrées, diaconat, acolytat, catéchèse,…).
L’équipe locale de préparation de la visite pastorale pourra faire appel, selon ses besoins, aux services diocésains (l’EDAP, les services catéchèse et catéchuménat, la pastorale des jeunes,…) pour mettre en valeur une des dimensions essentielles de sa vitalité chrétienne.
Je termine en disant qu’un bon nombre d’entre vous commencent à me connaître. Ayant été missionnaire pendant vingt-cinq ans aux quatre coins du monde, je peux vous assurer que j’apprécie la simplicité et la proximité et ne suis pas demandeur de réceptions et célébrations formelles et mondaines. Ce qui m’intéresse, c’est de connaître en quoi le Christ vous touche par son amour inconditionnel et vous encourage à être des témoins joyeux et généreux de l’Évangile dans vos familles, dans l’Église et dans la société. À la joie de vous rencontrer, de vous écouter et de vous connaître davantage.
Votre frère et pasteur,
+ Frédéric Rossignol

Un mot du Curé…

POUR CE MOT DE RENTRÉE,
QUELQUES NOUVELLES DES…
VACANCES !

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Intentions de prière pour la semaine

+ Avec les baptisés qui
ont été séduits et ont répondu à un appel de Jésus à marcher à sa
suite, prions le Seigneur…
+ Avec ceux qui cherchent ou hésitent à
suivre Jésus, avec ceux qui souffrent la persécution à cause du
nom de Jésus, prions le Seigneur…
+ Avec les membres absents de nos communautés, retenus par le
travail ou la maladie, avec ceux qui ont oublié la rencontre de l’Eucharistie,
prions le Seigneur…
CONTACTS
M. le Chanoine Patrick Willocq, curéResponsable de l’Unité pastoraleCuré de tous les clochers de l’entité de LeuzeTour Saint-Pierre 157900 Leuze-en-Hainaut069/77.79.030479/62.66.20M. le Diacre Jean-Marie BourgeoisPastorale du Baptême des petits enfants – Pastorale scolaireGrand-Rue 567900 Leuze-en-Hainaut0470/100 340M. le Diacre Michel HubletMise à jour du site internetAvenue de la Croix-Rouge 447900 Leuze-en-HainautRèglement Général sur la Protection des Données – RGPD – 25 05 2018Responsable du traitement des données personnelles : Abbé Patrick Willocq,Curé - Adresse : voir plus hautDélégué à la protection des données :Secrétaire général de la Conférence épiscopale belge -Adresse : asbl Centre interdiocésain, rue Guimard 1, 1040 Bruxelles - Tél. : 02/507 05 93 -Mail : ce.belgica@interdio.beAutorité de contrôle : Rue de la Presse 35, 1000 Bruxelles - Tél. : 02/274 48 00 -Secrétariat décanalTour Saint-Pierre 15 – 7900 Leuze-en-Hainaut069/77.79.03Permanences : mardi et vendredi de 9h30 à 12h00En cas d’absence, s’adresser à M. le Doyen
Nous porterons dans notre prière ...
Baptêmes
- Le
samedi 29 août, à 14h30, en l’église de Leuze : Ulysse Callens, enfant de Sophie Dubuisson et Florent Callens
- Le
dimanche 06 septembre, à 10h00, en l’église de Leuze : Lucile Landouzy, enfant de Ambre Dufour et Julien Landouzy
- Le samedi 12
septembre, à 14h30, en l’église de Pipaix : Lucas Vandensteen, enfant
d’Angélique Van Caneghem et Andy Vandensteen
Que ces enfants découvrent combien notre Dieu les aime comme ses propres enfants.
Mariages
- Le vendredi 25 septembre, à 15h00, en l’église de Thieulain : Kaori Eto et Joceran Moreau
- Le samedi 17 octobre, à 14h00, en l’église de Pipaix : Stéphanie Materne et Hugues Dubuisson
Que tous nos vœux de bonheur et notre prière accompagnent les nouveaux époux !
Funérailles
- Madame Andrée Degrandsart demeurait à Willaupuis. La célébration des Funérailles aura lieu en l’église de Willaupuis le 29 août 2026.
- Monsieur Arnaud Rosier demeurait à Frasnes. La célébration des Funérailles a eu lieu en l’église de Grandmetz le 29 août 2026.
Aux proches, nous redisons toute notre sympathie dans la foi et l’espérance de l’Evangile.
Dans notre Unité pastorale…






Pour les familles… les jeunes… les enfants …
Dans notre Diocèse de Tournai…







Comme son prédécesseur, Mgr Frédéric Rossignol, notre nouvel évêque, insiste sur la formation des chrétiens. Il incite notamment les prêtres à susciter des groupes bibliques et à enseigner la foi à leurs paroissiens. L’Institut Supérieur de Théologie du Diocèse de Tournai peut les aider dans cette tâche, en proposant des cours sur les matières concernant Dieu et l’Église. Tous ces cours peuvent être suivis en élève libre. Ils se donnent à Tournai, à Mons et à Charleroi.L’ISTDT contribue aussi à la formation des animatrices pastorales et animateurs pastoraux. Et bien sûr, il forme les enseignants du cours de religion de l’Enseignement Secondaire et ceux du Fondamental. Ces derniers découvriront un nouveau séminaire qui leur est spécialement dédié : une initiation à la théologie mettant l’accent sur les applications pédagogiques.
Après plusieurs décennies où elle a assuré le secrétariat académique de l’Institut avec zèle et compétence, Mme Thérèse Lucktens a pris une retraite bien méritée en janvier 2026. Je la remercie très sincèrement pour son dévouement. Mme Chloé Lamarque lui succède. Je lui souhaite de s’épanouir dans sa nouvelle fonction, et je sais qu’elle sera aussi efficace que sa prédécesseuse, dans un style différent. Je veux aussi saluer le travail du Directeur de l’ISTDT, le chanoine Patrick Willocq, pour son engagement sans faille auprès des étudiantes et étudiants.
D’autres instances proposent des formations dans le diocèse, qu’elles soient spécialisées comme celles destinées aux fabriciens, aux catéchistes ou aux visiteurs, ou adressées au grand public, telles celles du CEFOC, de MESS’AJE ou d’Alpha. Sans oublier l’académie de musique Saint-Grégoire, créée en 1878 et installée au Séminaire de Tournai il y a quarante ans. Les enfants et les adultes peuvent y apprendre le clavecin, le chant, l’histoire de la musique et l’orgue, entre autres. Pourquoi pas vous ?
Stanislas Deprez
Service diocésain de la formation

Sur le site du Bois du Cazier, à Marcinelle, une assemblée recueillie s’est rassemblée le sous le chevalet, pour une messe en mémoire des 262 victimes de la catastrophe du 8 août 1956.
Avant la journée de commémoration proprement dite, nombreux étaient ceux à rejoindre le musée ce vendredi 7 août 2026 pour assister à la messe présidée par Mgr Rossignol. À ses côtés, l’abbé Procureur, doyen du Pays de Charleroi, mais aussi des prêtres venus du diocèse de Tournai et même d’Italie. Dans l’assemblée se retrouvaient des représentants des autorités belges et italiennes, des membres des familles des victimes et des paroissiens.
Une portée internationale
70 années se sont écoulées depuis la tragédie. Cela nous paraît à la fois lointain et pourtant si proche encore. Ce qui frappe, c’est non seulement son ampleur mais aussi sa portée internationale, car cette catastrophe prit la vie de 136 Italiens, 95 Belges, 8 Polonais, 6 Grecs, 5 Allemands, 3 Hongrois, 3 Algériens, 2 Français, 2 Russes, 1 Britannique et 1 Néerlandais.
Cette interculturalité s’est traduite dans la célébration par des lectures en italien et des intentions lues en plusieurs langues. Le Notre Père a étalement été récité en italien et en français. Derrière l’assemblée flottaient les drapeaux de tous les pays touchés par la catastrophe.
De Léon XIII à Léon XIV
Dans son homélie, Mgr Rossignol a évoqué le pape Léon XIII et son encyclique Rerum Novarum sur la justice sociale. Publiée en 1891, elle constatait déjà les ravages de la révolution industrielle. Tout en apportant la prospérité, celle-ci traînait derrière elle son lot de malheurs et de souffrance. Dans son encyclique, Léon XIII abordait la question du travail, des devoirs et des droits des travailleurs et des patrons.
135 ans plus tard, son successeur Léon XIV a publié une nouvelle encyclique sociale, Magnifica Humanitas, centrée sur le monde numérique. Comme le constate notre évêque : « entre le pape Léon XIII, la catastrophe du bois du Cazier et 2026, les choses n'ont pas tellement changé ». Si les conditions des travailleurs en Europe ont évolué, nous pouvons observer un retour en arrière, « dans un monde numérique, où vous avez vraiment une petite minorité qui commence à avoir un pouvoir supranational, et parfois nos hommes politiques sont bien en peine pour avoir une emprise sur le monde dans lequel nous vivons ».

Pour un monde plus juste
Devant les injustices sociales actuelles, Mgr Rossignol suggère trois actions que tout chrétien peut entreprendre pour rendre le monde plus juste : tendre vers plus de sobriété, rechercher un profit plus mesuré et être solidaire.
La sobriété, c’est trouver du plaisir dans les choses ordinaires et ne pas rechercher le luxe, la démesure ou le plaisir continuel. C’est apprécier son quotidien dans la sobriété. Cela permet aussi d’apprécier davantage les quelques extras. Rechercher un profit qui soit mesuré est quelque chose de difficile, car c’est une façon de penser qui va à l’encontre d’une tendance naturelle. Mais cela est valable tant pour les grandes multinationales que pour chacun de nous. Chacun a droit à un salaire juste par rapport à son travail, mais celui qui profite d’un produit qu’il est le seul à pouvoir fournir et qui fait s’envoler les prix participe à la création d’une société inégalitaire.
Être solidaire, cela peut passer aussi par prévoir dans son budget une partie dédiée au plus démunis. Si notre
modèle social actuel, avec ses taxes et sa solidarité globale, est une bonne chose, il ne suffit pas pour permettre à tous un accès digne aux produits de première nécessité, notamment médicaux.
Cette homélie à caractère social nous rappelle que les tragédies comme celles de Marcinelle sont aussi des leçons à retenir. Pour que plus jamais elles ne puissent se reproduire.
Marie Lebailly
(Source : Diocèse de Tournai et Cathobel)

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Une revue trimestrielle
Un site Internet : www.hospitalite-tournai.be

Cet été, CathoBel vous
emmène à la découverte des trésors et recoins de quatre cathédrales en
Belgique. Laissez-vous guider de détail insolite en trésor méconnu vers une
histoire fascinante qui révèle l’âme et la mémoire de ces édifices d’exception.
Direction Tournai pour ce premier épisode. Des sculptures discrètes, des objets
chargés d'histoire, un évêque enterré clandestinement… la plus ancienne
cathédrale de Belgique regorge de mystères.
Le visiteur qui découvre la cathédrale de Tournai gardera
sans doute en mémoire l’impressionnante silhouette de ses cinq tours, la
majesté de son architecture romane, l’alignement de ses piliers de pierre ou
encore les statues et la majestueuse rosace de sa façade. Pourtant, comme
souvent dans les grands monuments, les trésors les plus passionnants ne sont
pas toujours les plus visibles. Derrière les perspectives monumentales se
cachent des formes, des objets et des histoires révélant une autre cathédrale, plus
intime, où chaque détail conserve la mémoire d'un événement, d'un personnage ou
d'une étonnante anecdote. Des sculptures commémoratives, une chapelle privée,
un minuscule reliquaire, un vêtement impérial devenu objet liturgique ou encore
une sépulture clandestine racontent, à leur manière, près de mille ans
d'histoire.
Les sculptures qui racontent la naissance de la
Grande Procession
Avant même de pénétrer dans l’édifice, notre guide Francis
Vande Putte, membre des Amis de la cathédrale et du groupe bénévole des
"anges de la cathédrale", nous invite à lever les yeux vers le registre central du porche. Là se
déploie un ensemble sculpté que beaucoup traversent sans lui accorder un regard
attentif. Ces scènes rappellent l’un des épisodes les plus dramatiques de
l’histoire de la ville: l’épidémie d’ergotisme qui frappa la région en 1089.

© CathoBel/MV
Les bas-reliefs montrent la détresse d’une population
décimée. Depuis les campagnes tournaisiennes, les corps de victimes sont
acheminés vers la cathédrale. Ces morts ont amené l'évêque Radbod II à
instituer en 1092 la procession de Tournai, une marche de supplication à la
Vierge afin d’obtenir la fin du fléau. Plus de neuf siècles plus tard, la
tradition perdure. La procession est, elle-même, représentée sur la façade de
la cathédrale dans une succession de tableaux sculptés illustrant le cortège:
porteurs de croix, petits chanteurs, diacres lisant les épîtres, chanoines,
magistrats, évêque et reliquaires des saints patrons Éleuthère et Piat. Dans la
pierre se conserve ainsi une imagerie symbolique de la ville médiévale
rassemblée autour de sa cathédrale.


© CathoBel/MV
Le minuscule reliquaire qui accompagnait
l'évêque
Depuis mai 2026, un important chantier est en cours en vue
de restaurer le dallage de la nef romane et du transept. Pendant un an encore,
le public ne pourra plus accéder à ces parties de la cathédrale, ni au Trésor.
Francis Vande Putte le déplore mais tient à nous présenter une des pièces les
plus étonnantes qui y figurent: un reliquaire mérovingien qui pourrait tenir
dans le creux de la main. L'objet ne pèse que 98 grammes. Sa petite taille
contraste avec son importance historique. Décoré autrefois de grenats, ce
coffret portatif d'ivoire témoigne de l’ancienneté du culte des reliques à
Tournai. Il aurait été associé aux visite pastorales de Radbod II, évêque
érudit, grand prédicateur et fervent défenseur du culte marial.

© Pascal Lemaître
"Contrairement aux
imposantes châsses, relève notre guide, ce reliquaire accompagnait facilement
les déplacements épiscopaux pour susciter la dévotion et le soutien matériel à
ses entreprises." L’objet pouvait être porté au cou ou suspendu à une
crosse. Conservé dans la châsse de Notre-Dame avant d'en être extrait au XIXe
siècle, il rappelle combien les reliques furent longtemps au cœur de la vie
religieuse et du prestige des cathédrales médiévales.
La chapelle Saint-Vincent, un joyau presque
inaccessible
Rares
sont les visiteurs qui ont l’occasion de découvrir la chapelle SaintVincent.
Construite vers 1198 à la demande de l’évêque Etienne d’Orléans, elle relie
symboliquement et physiquement l’évêché à la cathédrale. Edifiée au-dessus de
la voie publique, elle permettait à l’évêque de rejoindre directement son lieu
de pouvoir sans traverser les ruelles de la ville qui "à l'époque étaient certainement nauséabondes",
observe Francis Vande Putte.
Cette
petite chapelle constitue un jalon capital de l’histoire de l’architecture. A
la charnière de l’art roman et du gothique naissant, elle présente encore des
éléments hérités de la tradition romane tout en annonçant les formes nouvelles
venues d’Ile-de-France.

© CathoBel/MV
Beaucoup la considèrent comme l’un des plus anciens
exemples du gothique dans la vallée de l’Escaut. Les fenêtres romanes côtoient
déjà les premiers arcs brisés. Les vitraux ne sont plus d'origine. Ils datent
du XIXe et retracent d'un côté la vie du Christ et de l'autre, celle de
saintVincent, un saint très important dans le Hainaut. Durant les travaux de la
cathédrale, la chapelle accueille exceptionnellement les messes quotidiennes de
11h. C'est également dans cet espace aux dimensions modestes que les évêques
rencontraient les catéchumènes et que les membres du Conseil épiscopal
prêtaient serment.
Un détail plus insolite est à découvrir sous l'arche qui
soutient la chapelle. Un panneau gravé dans la pierre vers 1930 reproduit un
quatrain attribué du XIIIe siècle, attribué à Etienne d’Orléans et destiné à
l’instruction des habitants.

© Agnès Michel
Le texte en latin avertit sans détour les passants
souffrant de désordres intestinaux de ne pas se soulager en ce lieu sacré, sous
peine de recevoir des coups de bâton. A l'opposé de la solennité du monument
apparaît cette inscription étonnante qui rappelle les difficultés hygiéniques
de l'époque. Le quatrain est extrait d'un règlement plus complet archivé dans
la cathédrale.
Le manteau de Charles-Quint devenu chape
liturgique
Dans les collections de la cathédrale figure aussi une
pièce de textile exceptionnelle: une chape connue sous le nom de manteau de
CharlesQuint. En décembre 1531, l’empereur préside à Tournai un chapitre de la
Toison d’Or. Pour l’occasion, il porte un somptueux manteau de velours rouge
ciselé et tissé au fil d’or. A l’issue de son séjour, il offre ce vêtement à
l’abbaye Saint-Martin qui l’avait accueilli. Les moines le transforment ensuite
en chape liturgique. Ils y ajoutent un chaperon et des bandes richement brodées
représentant plusieurs épisodes de la Passion du Christ. Ce recyclage
prestigieux illustre les liens étroits entre pouvoir impérial et institutions
religieuses.

© Daniel Delécaut
Au-delà
de sa beauté matérielle, l’objet agit comme un pont entre la grande histoire
européenne et l’histoire locale. Il rappelle que Tournai fut, le temps de
quelques jours, le théâtre d’un événement politique majeur réunissant l’élite
de l’ordre de la Toison d’Or.
L’évêque enterré en secret dans la cathédrale
Certaines
histoires tiennent presque du roman. Celle de l’évêque Gaspard Labis en fait
partie. A la fin du XVIIIe siècle, l'empereur Joseph II avait interdit les
inhumations dans les églises. Après avoir joué un rôle essentiel dans la
restauration de la cathédrale au XIXe siècle, Mgr Labis avait exprimé le
souhait d’y reposer en dépit de la législation. A sa mort, en 1872, ses fidèles
collaborateurs, le chanoine Voisin et le doyen du chapitre, Mgr Ponceau,
décident d’exaucer discrètement ce vœu. L’évêque est enterré clandestinement
dans la cathédrale tandis que les funérailles officielles se déroulent avec un
cercueil vide. Lorsque l’affaire éclate, le chanoine est condamné par la
justice mais refuse toujours de révéler l’emplacement de la sépulture.

© Etienne Boussemart
Le mystère demeure pendant plus d’un siècle. Ce n’est qu’en
2014, lors du sondage des fondations du chœur, que le cercueil est retrouvé. En
2021, les restes de Mgr Labis sont réinhumés avec ceux de deux évêques du XIe
siècle, Baudouin et Radbod II, retrouvés lors des fouilles de la nef, refermant
ainsi une étonnante histoire de fidélité, de désobéissance et de patience. Peu
de cathédrales peuvent se vanter d’abriter une telle intrigue funéraire.
Ces trésors et recoins rappellent que la cathédrale de
Tournai ne se résume pas à sa monumentalité. Derrière chaque pierre, chaque
objet et chaque passage discret se cache une histoire qui éclaire autrement
l'un des plus grands monuments religieux d'Europe.
Manu VAN LIER





Dans l’Église de Belgique…

Ce jeudi, l'archevêque de
Malines-Bruxelles a rencontré le ministre fédéral du Climat et de
l'Environnement, à l'initiative de ce dernier. Il a confirmé la volonté de
l'Eglise catholique de favoriser, dans la mesure du possible et dans le respect
des réalités locales, l’ouverture de ses bâtiments.
Sur
le terrain, les initiatives sont nombreuses. Et, si elles ne datent pas d'hier,
elles se multiplient alors que les thermomètres s'affolent. De plus en plus de
communautés s'organisent pour assurer l'ouverture des églises en période de
forte chaleur. En juin, à Tervueren, des étudiants ont même présenté des
examens dans une église. Il faut dire que nombre de ces édifices ont un certain
âge... et des murs particulièrement épais. Ce qui est particulièrement précieux
quand les températures augmentent.
"Dans
le respect des réalités locales"
La
chose n'a pas échappé à Jean-Luc Crucke (Les Engagés), le ministre fédéral du
Climat et de l'Environnement, qui est en train de préparer un futur plan
interfédéral d’adaptation aux phénomènes météorologiques extrêmes. C'est tout
naturellement que ce jeudi, il a reçu Mgr Luc Terlinden, le président de la
Conférence des évêques de Belgique.
Les deux
hommes se sont manifestement bien entendus. Mgr Terlinden a en effet confirmé
la volonté de l'Eglise catholique de
"favoriser, dans la mesure du possible et dans le respect des réalités
locales, l’ouverture de ses bâtiments." Et encore: "Les personnes qui souhaitent y trouver
un moment de fraîcheur peuvent y être accueillies dans le respect des lieux, de
leur vocation et de chacune et chacun de ceux qui les fréquentent." Le défi du patrimoine immobilier
Les deux
hommes ont prévu une poursuite des échanges.
"Dans le respect des compétences et responsabilités de chacun, ainsi que
du principe d’autonomie réciproque de l’Église et de l’État, les discussions se
poursuivront dans les prochaines semaines avec les autorités civiles et
ecclésiastiques concernées", communiquent conjointement le ministre et
l'archevêque. "Les Régions et les
pouvoirs locaux, qui jouent un rôle essentiel dans la gestion de nombreux
édifices religieux, y seront pleinement associés."
En
2015, avec son encyclique Laudato si',
le pape François positionnait clairement l'Eglise catholique dans le combat en
faveur de la préservation de la planète et contre le réchauffement climatique.
Depuis lors, à l'étranger comme en Belgique, l'Eglise multiplie les initiatives
sur ce terrain. Ce jeudi, l'archevêque Terlinden et le ministre Crucke ont
d'ailleurs aussi évoqué "les
perspectives qu’offre le patrimoine immobilier de l’Église en matière de
transition énergétique et de résilience climatique." Le chantier ne
fait que commencer...
Vincent
Delcorps
Face à la crise
climatique, notre "étrange défaite" n'est pas due à l'ignorance, mais
à notre incapacité collective à laisser les vérités scientifiques changer nos
modes de vie. Une opinion de Lionel Jonkers, professeur de religion catholique.
En 1940, l'historien Marc Bloch, officier mobilisé, assiste
à l'effondrement de la France en six semaines. Il écrit à chaud L'étrange défaite, un texte qui n'accuse
ni les généraux ni la fatalité, mais interroge une défaillance plus profonde :
celle d'une pensée formée pour une guerre ancienne, incapable de concevoir la
guerre nouvelle qui la balaie. Ce n'est pas, écrit-il, un problème de moyens,
mais de pensée. Or cette structure éclaire notre rapport à la crise climatique.
Le pape François, dans Laudato
Si', parle ainsi de notre "maison commune" pour désigner la Terre
— une formule qui rappelle ce que nous avons cessé de penser : nous ne sommes
pas devant un décor, mais partageons une demeure fragile, aux ressources
finies, dont nous sommes solidairement responsables. C'est précisément cette
évidence que notre intelligence collective peine à intégrer.
Pourtant, ce n'est pas un problème d'information. Les
rapports scientifiques s'accumulent depuis un demi-siècle. Le "cri de la
terre" que décrit François a été mesuré, documenté, répété — sans jamais
devenir, dans nos décisions collectives, une évidence agissante. Nous savons,
et continuons pourtant comme si nous ne savions pas. Voilà l'étrange défaite :
non l'ignorance, mais l'incapacité de laisser un savoir reconfigurer une
pensée.
"Cette sottise qui consiste à connaître le
vrai sans le laisser agir en nous"
Car cette défaillance n'est pas celle des ignorants, mais
bien des informés — scientifiques, décideurs, citoyens instruits — qui ont su
nommer le danger sans jamais le laisser modifier leurs choix. C'est un défaut
d'esprit plus qu'un défaut de savoir : une inaptitude à réviser à temps les
cadres à travers lesquels nous lisons le réel.
Spinoza, dans L'Éthique,
offre ici une clé décisive : une idée fausse ne cède jamais à une idée vraie
par la seule force de sa vérité ; il faut qu'elle s'impose avec la nécessité
d'un affect. Ainsi avions-nous tout ce qu'il fallait pour nous détromper
nous-mêmes. Il ne nous manquait ni les preuves ni leur répétition ; il nous
manquait cette nécessité intérieure capable de déloger le confort de nos
habitudes — et donc la volonté véritable, celle qui n'est pas un vague souhait
mais l'effet d'une vérité devenue force. En ce sens, nous fûmes, et demeurons
peut-être, des idiots : non par défaut d'intelligence, mais par cette sottise
qui consiste à connaître le vrai sans le laisser agir en nous.
"Nous continuons à jouer l'ancienne
pièce"
De là vient que nos catégories mentales datent d'un monde
révolu, où la croissance semblait un horizon sans limite et la nature un simple
décor devant lequel se jouait le seul drame qui nous importait : celui des
sociétés humaines entre elles. Or le climat est devenu l'acteur principal ; et
nous continuons, pour beaucoup, à jouer l'ancienne pièce. C'est pourquoi
François parle d'"écologie intégrale" pour dire que la crise
écologique et la crise sociale n'en forment qu'une seule — exigeant de penser
ensemble ce que nos institutions, taillées pour des crises brèves, ont appris à
séparer. Une fiction confortable, en outre, a nourri cette cécité : celle d'un
mode de vie pouvant durer indéfiniment, désirée car elle épargnait la refonte
douloureuse de nos façons de produire, de nous déplacer, de nous nourrir. Je
m'inclus dans ce constat : combien de fois ai-je su, et continué comme si je ne
savais pas ?
"Le courage de convertir notre regard"
Il serait donc commode d'écrire, un jour, que "nous ne pouvions pas savoir ".
Ce serait faux : nous savions. Ce qui a manqué, c'est le courage intellectuel
de laisser ce fait reconfigurer notre idée du temps, de la richesse, de la
limite — le courage de convertir notre regard avant que la nécessité ne nous y
contraigne.
Bloch, cependant, écrivait après la chute. Nous écrivons
avant que tout ne soit joué : ce texte n'est pas un tombeau, mais un
avertissement qui a encore le temps d'être entendu — si nous consentons, enfin,
à habiter notre maison commune autrement qu'en rêve.
Lionel Jonkers,







